Madagascar : Quelle politique face à l’insécurité et la violence ?

Madagascar, en proie à une profonde crise sécuritaire ?

Le pays est secoué de toute part. Après la crise sanitaire de la Covid-19, il y a la crise socio-économique qui continue son œuvre et on assiste maintenant à une profonde crise sécuritaire, à la montée de la violence et de l’insécurité, un sujet d’actualité qui mérite qu’on y prête notre attention pour appeler à des actions politiques concrètes et efficaces. La multiplication des actes violents, la mainmise de Dahalo sur certains territoires, la situation est d’autant plus alarmante que de nouveaux paliers semblent avoir été franchis dans la gravité des actes commis : viols de bébés et d’enfants mineurs, agressions sexuelles, massacres et tirs avec arme à feu sur des particuliers, hold-up et des braquages hyper violents, ces faits ne peuvent plus être considérés comme des faits divers.  On assisterait à l’écroulement et à la fragilisation de la société en proie à l’insécurité et la violence, si des actions urgentes ne sont pas mises en œuvre rapidement. L’Etat serait-il impuissant ou manquerait-il les moyens? Quelles politiques mener face à l’insécurité et la violence ? L’exigence de vivre en sécurité n’est pas un choix, c’est un droit pour tous, nous proposons ici la solution triptyque « prévenir, agir et punir ».

Prévenir

Il est possible de prévenir et lutter contre la violence et l’insécurité. Prenons l’exemple des Dahalo ou du grand banditisme. Leur apparition dans certaines régions de la grande île ne serait que l’onde de choc du chômage. La mécanique est simple : on ne trouve pas de travail et quand on sait que le problème va durer sur des générations, la pauvreté devient alors endémique, et de tout cela peut découler la violence. Cette interaction complexe qui trouve son origine dans la paupérisation progressive de la société malgache peut être la source de la violence et de l’insécurité. Pour mener des actions efficaces, pour prévenir la violence, il serait donc nécessaire de cibler ses multiples causes. L’Etat peut mener à la fois, à différents niveaux, plusieurs approches de préventions de violenceau niveau individuel, communautaire et sociétal. Cela passe par commencer à s’interroger sur l’insécurité, se demander les réalités qu’elles recouvrent et les moyens d’y remédier. Prévenir comporte donc une multitude de mesures. En l’occurrence une politique de lutte contre le chômage serait un acte préventif. Le manque de revenus non seulement en ville, mais surtout en milieu rural, est un facteur-élément à ne pas sous-estimer.Et ce, d’autant plus que le chômage touche plus de 4 millions (une valeur sous-estimée) de personnes à Madagascar. La double-brèche de la violence et de l’insécurité s’est ouverte depuis des années à Madagascar, l’inaction est une faute, car elle pourrait nous emmener à nous attendre à ce que les années à venir soient encore pires que les années passées.

Agir

L’ampleur des violences perpétrées par les bandits sont inacceptables. Agir devient donc urgent pour prévenir mais aussi protéger la population. Devant l’impuissance de l’Etat, on assiste à une demande de sécurité par la population, cela se traduit d’une part par la justice populaire, mais régler et faire justice sans recours à une institution judiciaire ne feraient qu’entraîner tout le monde dans une spirale de violence et accroître l’insécurité. Et d’autre part, de manière solidaire, on assiste à des regroupements d’individus issus d’un quartier, d’un village s’organiser pour se relayer la nuit afin d’assurer la sécurité de leur quartier, de leur village. L’action de l’Etat est donc très attendue, concrètement en étant plus présent par le déploiement des polices, des gendarmes, et même de l’armée quand c’est nécessaire dans les zones, les territoires et les quartiers sensibles, en détectant en amont les manifestations de la violence et intervenir efficacement. Une présence rassurante de l’Etat serait un message fort pour contrer les actes et les intimidations des criminels. Il faudrait aussi élargir la protection des victimes, notamment des viols. Les violeurs doivent être dénoncés pour en finir avec l’incompréhensible omerta qui s’impose aux familles et aux victimes. Pour cela, l’Etat doit assurer la prise en charge et la protection des victimes, répondre à leurs peurs, leurs besoins et leurs inquiétudes.

Punir

La violence et les actes criminels ne doivent pas être tolérés. Pour éviter la justice populaire et faire évoluer les comportements, il faudrait réinstaurer la confiance en la justice. Cela passe d’abord par faciliter la pénalisation et la judiciarisation. La majorité des Malgaches ne savent pas le fonctionnement des institutions judiciaires, tellement c’est un nid à corruptions. Mais par-dessus tout cela, la priorité est de faire émerger un Etat de droit. Et enfin, « Foin de paroles, en matière de violence, il faut prévenir, agir et punir ».

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