Madagascar : Pour une autre façon de gouverner

Alors que le terme du quinquennat d’Andry Rajoelina s’achève en 2023, une question au-delà du clivage politique mérite de recueillir l’avis des malagasy : la durée du mandat présidentiel. Même si le dernier mandat est loin d’être représentatif des préoccupations qui ont jalonné les différentes présidences au cours de la quatrième république, il convient dans une conception post-Covid 19 d’envisager un autre Madagascar

Trop souvent, Madagascar a fait l’objet d’une confiscation du pouvoir légitime ou illégitime selon l’appartenance politique, dans le but de renverser le régime en place. Cette réalité locale a engendré des crises politiques et une alternance anti-démocratique. Puis dans le cas contraire, si ces tentatives à la hussarde échouaient, le régime gouvernait par la peur avec une position très inconfortable pour le chef de l’Etat. Cette fois-ci la déstabilisation n’est pas survenue de l’intérieur, mais elle fut bien exogène avec la Covid-19 et ses variants. Par conséquent, une fois de plus ou de trop selon chacun, Madagascar sera empêché de mener une gouvernance dite « normale », sans anicroche.  Au-delà de la chasse aux sorcières, la recherche des coupables, des responsables, de ceux qui ont contribué au marasme économique qui ne date pas de la crise sanitaire mais bien avant, la conception d’un système politique qui prendrait en compte les problèmes récurrents rencontrés par Madagascar serait la bienvenue. 

Vers un second mandat d’Andry Rajoelina ?

L’un des points forts d’une nouvelle forme de gouvernance serait le rallongement du mandat.

La constitution a vocation à être modifiée et à ne pas être immuable si nous nous fions au point de vue des juristes sur la question. Les africains dont Madagascar ont opté pour un mimétisme occidental, en réduisant le mandat présidentiel à 5 ans, sans qu’il y ait une vraie question de fond sur la pertinence de cet abaissement en annuité. La seule vertu du quinquennat est d’accorder du répit aux populations dans l’hypothèse où un tyran accéderait au pouvoir avec l’espoir qu’il soit réprouvé cinq ans après. Avant d’assister à une réforme constitutionnelle, le régime actuel a tout intérêt à s’inscrire dans une configuration septennale en intégrant les 2 années restantes et anticiper un nouveau quinquennat. Si on observe l’histoire des successions politiques africaines actuelles et le déroulement des scrutins sur le continent, Andry Rajoelina dispose de tous les atouts pour se lancer dans un deuxième quinquennat. Pour rappel, la Côte d’Ivoire a réitéré sa confiance à Alassane Ouattara, le Bénin à Patrice Talon, le Tchad à Idriss Deby avant l’avènement de son décès, le Congo à Sassou Nguesso, autant de signes que le président sortant est le meilleur prétendant à sa propre succession.  Si le septennat n’a jamais effleuré l’esprit des présidents malagasy au cours de ce siècle, le débat mérite d’aller plus loin sachant qu’un pays en chantier où la politique d’infrastructures nécessite du temps, beaucoup de temps alors que la constitution ne le lui permet pas.

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