France : Avez-vous parlé de « Démocratie » ?

A observer les médias français, nous serions tentés de croire que la politique tend à se vulgariser. Les Journaux télévisés résument inlassablement les interventions politiques en tout genre, les émissions de divertissement abordent la politique à leur manière, les éditorialistes prennent part à des débats qui ressemblent de plus en plus au café du commerce. Autant dire, la politique est rendue accessible sans avoir ajouté à ce phénomène, son omniprésence sur les réseaux sociaux. La parole politique semble se distinguer incontestablement de ses devancières. La phrase des anciens et conservateurs « c’était mieux avant » prend cette fois-ci tout son sens pour ces défenseurs.

Pour autant, devons-nous nous réjouir de ces procédés médiatiques ? Cela ne vient-il pas nous dissimuler une vérité toute autre ? À quoi devons-nous nous attendre pour ce qui est d’une élection démocratique au 21ᵉ siècle, où la politique semble être comprise ou accessible par tous, à l’aune d’une nouvelle présidentielle, programmée pour 2022 en France. 

Qu’est-ce-que la Démocratie ?

Aux États-Unis, autrefois, le débat politique semblait très éloigné de la réalité française, tant sur la forme que sur le fond. Les reproches adressés à la première démocratie du monde portaient principalement sur le manque de fond et l’absence totale d’une pensée politique des dirigeants et dans la capacité à la comprendre des Américains. Cette carence trouvait sa racine dans l’abêtissement de la population américaine, plus intéressée par la Real Tv que le PIB et en outre, les intérêts américains. Force est de constater, la France suit un chemin aussi tortueux puisque le divertissement s’érige en catalyseur de toutes les attentions coïncidant avec le profond désintérêt pour la politique. Les taux d’abstention pour les élections locales n’en sont que la résultante. Pour rappel, en 2014, en France, le second tour des municipales avait alors battu un record en atteignant 36,87 % d’abstention, lui-même dépassé par les élections municipales en 2020 avec une nouvelle abstention sans précédent de 58,4 %.

La démocratie de marché, un concept complexe pour une population dite instruite ?

Alors, il n’y a rien d’étonnant dans une approche politique très américanisée que les Français se soient éloignés de tout. Plus attrayant de suivre un programme ludique, assurément moins fastidieux que de regarder un Cyril Hanouna, le garant par excellence du divertissement et de la culture du buzz.  La démocratie est galvaudée car au fond, la population ne sait plus ce que signifie le concept démocratie. Le message semble tronqué où les citoyens français espèrent de l’État une revalorisation salariale, un SMIC à 1500 euros, d’autres attendent un environnement « saint » sans émission de gaz à effet de serre, sans industries, sans nucléaire, toujours parmi la société civile, certains espèrent une légalisation du cannabis, une fin de toute forme d’autorité allant du patronat aux forces de l’ordre ou encore la liberté de choisir son genre toujours au « saint » nom de la liberté. Il apparaît dans ces descriptions quelque peu ubuesques, l’absence d’intérêt général, de réalité géostratégique et géopolitique, de la complexité de faire évoluer un état de droit avec une politique tranchée en accord avec l’identité de la France, le maintien de l’histoire et la singularité de la France avec l’obligation de composer avec l’Union Européenne dans un monde où les zones d’influence et d’extension des marchés économiques se forment à une échelle continentale. Une  guerre économique, où il est plus judicieux de construire une Union Européenne si l’occident veut coexister avec des puissances émergentes comme l’Inde notamment et les mastodontes chinoise et américaine. La démocratie occidentale, c’est avoir une conscience politique qui dépasse son seul intérêt personnel, il s’agit également de comprendre que la préservation des espaces d’échanges, de liberté d’expression et d’entreprendre sont primordiaux. Même s’ils sont considérés pour acquis, il s’agit d’une lutte permanente pour les élites à les défendre et naturellement un combat sans relâche pour la société civile. Si la phrase de Lionel Jospin sera répétée sans cesse pour décrire les limites supposées des pouvoirs publics « L’État ne peut pas tout », vraisemblablement, une confusion semble apparaître au sujet du rôle de l’Exécutif. Les Français négligent ou occultent leurs responsabilités individuelles indépendamment du rôle de l’État ; oubliant les préservations continues garanties par l’État comme des espaces de liberté, l’accès à des droits universels et sociaux, la facilité à accéder à l’information, ce sont, en réalité, tous ces édifices qui sont si déterminants, qui suscitent l’envie et la jalousie des sociétés appartenant aux pays du sud.

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