GEN-Z Malagasy : de l’Activisme au Pouvoir

La Génération Z à Madagascar évolue dans un contexte socio-économique complexe. Loin d’être passive, cette jeunesse est particulièrement active, portée par l’accès au numérique et une conscience aiguë des enjeux climatiques et sociaux. Alors, faut-il rappeler qu’il s’agit d’une organisation mondiale où de l’étranger, elle fonctionne comme une extension numérique et stratégique du mouvement resté au pays. En 2026, Il s’agit d’une organisation qui est devenue un levier de pression international redoutable.
Mais au-delà de cette dynamique semblant incontournable pour le futur développement du pays, la création d’un véritable parti politique dirigé par des jeunes ou garder juste un groupe pour maintenir la pression de l’extérieur suffirait-il pour dessiner l’avenir propice et durable de cette Île-nation ?
De cette situation politique à Madagascar en ce début d’année 2026 est née une profonde désillusion de la part de la GEN-Z se retrouvant désormais en confrontation directe avec le pouvoir en place après avoir été le moteur du changement qui a conduit au renversement du précédent gouvernement prédateur (celui de Rajoelina & consorts). Du passage de la « Révolution » à la « Junte », est-ce la transition espérée qui a pris une tournure ?
1. Les caractéristiques des actions de la GEN-Z
Selon le domaine et l’outil principal utilisé, l’impact diffère à chaque niveau. Par exemple, sur le plan politique, cette organisation mise sur les réseaux sociaux pour maintenir la veille citoyenne afin de dénoncer toutes formes de corruptions. Après, sur le plan économique, elle investit massivement le web pour contourner un marché du travail formel saturé en s’assurant une autonomie financière. Cette révolution numérique a fait naître un nouveau métier : le « Freelance international » où beaucoup de locaux travaillent pour des entreprises étrangères dans les domaines du codage, le design, la rédaction et l’assistance virtuelle. Enfin, sur le plan social, cette jeunesse à travers les collectifs et les associations n’hésite plus à briser les tabous culturels comme la lutte contre les violences basées sur le genre ou encore des actions qui sont menées vers l’accès à la contraception et l’éducation à l’hygiène menstruelle, autrefois des sujets « fady ».
Pour autant, l’impact politique de la Gen-Z à Madagascar ne se manifeste pas forcément par une adhésion aux partis traditionnels, mais plutôt par une influence transversale et numérique. Il est fini le temps des « T-shirts et sac de riz », il est venu le moment de la structuration où des « Livres Blancs » font leur apparition et appuyés par des propositions très techniques, notamment sur le Code électoral 2026. Ils ne disent plus seulement « On n’en veut plus », mais « Voici comment nous voulons que le fichier électoral soit numérisé pour éviter les fraudes ».
Il s’agissait là d’énumérer et de mettre en exergue les quelques grandes formes d’activisme mené par la GEN-Z Malagasy, car celle-ci a su installé la « veille citoyenne » sur les réseaux sociaux en les transformant comme de véritables contre-pouvoirs.
Malgré ce dynamisme, cette génération fait face à des défis majeurs comme le coût élevé de la connexion internet, l’accès limité à l’électricité et une émigration croissante des cerveaux les plus brillants vers l’étranger.
2. L’impact au niveau de la population
Selon le type et le mécanisme, le résultat se concrétise sur le plan national. Par exemple, l’impact direct d’un vote avec des candidatures locales entraînerait des élections de quelques maires et conseillers de moins de trente (30) ans. Ensuite, indirectement la pression numérique pèserait vers un recul du gouvernement sur certaines lois impopulaires. Enfin, sur le plan culturel, le changement de mentalité pourrait aboutir à un résultat tant espéré d’une politique perçue comme un service et non plus un statut « sacré ». C’est dire que cette jeunesse arrivera, en quelque sorte à « ringardiser » la politique, en forçant les décideurs à rendre des comptes en temps réel et transformant ainsi la fonction de politicien : d’un statut de « ray aman-dreny », celui qui est parent protecteur/supérieur, vers celui de « prestataire de services redevable ».
Il reste à savoir si le système politique actuel est prêt à laisser une place réelle à cette nouvelle mentalité, ou va-t-il chercher à la récupérer ?
3. Une stratégie de « récupération institutionnelle »
Eu égard aux évènements récents de 2025, et les agissements accélérés de ce début d’année 2026, il est mis en évidence à Madagascar un « bras de fer historique » entre une élite qui tente de maintenir le contrôle et une jeunesse qui ne veut plus simplement « participer », mais « refonder ».
D’abord, le gouvernement actuel semble avoir compris que la Gen-Z est trop nombreuse (plus de 60 % de la population a moins de 25 ans) pour être ignorée. S’il s’agissait d’une stratégie de « récupération institutionnelle » par le pouvoir à travers des « concertations nationales » du type de celui du mois d’avril 2024 qui s’apparentait à des tentatives de canaliser la colère de la rue vers des cadres officiels, il y aurait à nouveau le risque que ces espaces ne soient considérés comme des vitrines de communication sans transfert réel de pouvoir. Ensuite, le danger du « verrouillage » tels la militarisation de l’exécutif par la présence croissante de figures militaires dans les nominations administratives créerait un mur face aux aspirations démocratiques horizontales des jeunes, et la surveillance numérique accrue sous prétexte de « sécurité nationale » ou de lutte contre la désinformation pourraient radicaliser la jeunesse. Enfin, si le système politique actuel tentait d’absorber la force vitale de la GEN-Z en intégrant quelques figures charismatiques dans des ministères ou des directions tout en gardant les structures de décision opaques, la GEN-Z possède un avantage que les régimes précédents n’avaient pas à affronter : le temps et la technologie, lesquels constitueraient une lente érosion des fondements de la vieille politique malagasy.
4. La voie de la sagesse : une transition par l’éducation
La solution la plus pérenne résiderait dans une transition lente et progressive. Une transition par l’éducation permettrait d’éviter les traumatismes des crises cycliques (morts, pillages, arrêts économiques). Par exemple, d’abord par la voie de l’émancipation où l’éducation, qu’elle soit formelle ou via le web, devrait créer des citoyens critiques et techniquement compétents. Ensuite, par la voie de l’hybridation (reconnexion intergénérationnelle) où le changement viendrait sans doute d’une infiltration des structures de décision par des jeunes technocrates qui remplaceront progressivement la vieille garde. Enfin, ce qui constitue un défi majeur, le système devrait accepter de devenir un mentor qu’un obstacle.
Toutefois, le risque reste la montre. Car l’urgence sociale pourrait déclencher une rupture avant que l’éducation n’ait fini de porter ses fruits.
Si le pouvoir choisit l’obstination et le verrouillage total face aux aspirations de la GEN-Z, Madagascar risque de basculer dans un scénario de « rupture systémique ». Historiquement, dans la Grande Île, quand les canaux de dialogue institutionnels sont bouchés, c’est la rue qui finit par trancher. Mais avec la GEN-Z, les modalités pourraient être très différentes de 1972, 1991, 2002, 2006 ou 2009.
Article rédigé par Lalaina RASOLONIRINA
