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SPECIAL 60ème anniversaire

Madagascar 60 ans après • s’affranchir de l’héritage colonial (1ère partie)

Divide et impera1 – L’histoire politique Malagasy

Un bon nombre des fonctionnements des structures étatiques, jusqu’à certains modèles de pensées économiques et politiques Malagasy actuelles ont été hérités des 65 ans de colonisation que Madagascar a subi. Les 60 ans d’indépendance n’ont pas vraiment pu les effacer.

La prise de possession politique à Madagascar par le « méchant » Général Gallieni une nuit du 27 février 1897 a été aussi brutale que violente. Le lendemain, Madagascar se leva avec le soleil noir de la colonisation qui couvra avec toute sa noirceur toute la Nation Malagasy. Ce fut la fin tragique du monde connu des Malagasy, pourtant le Royaume de Madagascar (1817-1896) exista bel et bien. Les ouvertures diplomatiques à l’international malgache n’ont pu empêcher l’agression coloniale qui faisait ravage sur tout son passage. Un nouveau monde se construisit à Madagascar. La peur saisit le pays les jours, les mois, les années qui suivirent. Les prochaines générations malgaches qui suivirent furent élevées à la française et non plus à l’anglaise.

De nos jours, l’histoire politique de Madagascar traîne encore le traumatisme et l’ombre de ce soleil noir de la colonisation. Des pratiques politiques coloniales anciennes restent à déconstruire pour parachever la décolonisation et aussi pour assurer l’émergence effective du pays. Madagascar a besoin de s’affranchir de cet l’héritage colonial.

L’emprise coloniale française commença par une violence à la fois physique, psychologique et culturelle, l’objectif était de dissuader celles et ceux qui veulent mutiner et abandonner les contestations anticoloniales. On peut citer les premiers malgaches à tomber pour leur pays : le prince RATSIMAMANGA et RAINANDRIAMAPANDRY qui furent atrocement fusillés sur la place publique.

Les colons ont appliqué la politique du mieux diviser pour régner. C’était pendant la période coloniale que l’on commençait à compter les 18 ethnies malgaches, ces différences ont été instrumentalisées dans le but de semer la discorde et la division dans le pays, pour mieux y régner. La gestion du pays était opérée avec la mise en place de territoires claniques. Quant à la gouvernance, elle était fortement structurée pour favoriser l’opposition entres les ethnies, à affaiblir certaines ethnies à travers des propagandes bien orchestrées pour réduire à néant toute tentative d’unification nationale qui pourrait faire tomber le pouvoir colonial en place. On assista à la mise en œuvre d’un processus politique implacable qui s’est traduit dans une campagne féroce de division du pays. Cette politique joua un rôle important dans le développement de l’histoire et de la pensée politique malgache. La conduite de l’emprise politique coloniale française sur Madagascar visa à déposséder le pays de sa dignité, sa culture et son unité. Tandis que les collaborateurs malgaches qui tiraient leur épingle du jeu, ont été servis comme des vassaux pour mettre en place la soi-disant mission civilisatrice des colons. Cette situation fut terrible, car les blessures culturelles et politique vont profondément s’inscrire dans le futur développement politique, économique et culturel malgache et ce jusqu’à nos jours. La conséquence de la colonisation se résumait à la perte de l’art d’être malgache.

La colonisation est une erreur

Selon Emmanuel Macron, la colonisation est une erreur de la République, elle est profondément injuste. Pour les Malagasy, 60 ans après, il est temps maintenant de faire un travail approfondi pour pouvoir raconter ce qui s’est vraiment passé, pour sortir de l’indignité du pays, de tout intégrer et enfin de dépasser cette sombre page de notre histoire. La reconnaissance de la France par les annonces de Macron aide à la reconstruction de la dignité de tous les pays colonisés par la France. Des mots qui permettent de fermer les blessures de la colonisation. Mais il faut se dire que ce n’est pas aisé de guérir de ces 62 ans d’histoire de colonisation. C’est un long processus qui nécessitera la contribution de tous : Les chercheurs, les historiens, les artistes, les poètes, les politiques et tous les malgaches.

Aujourd’hui il reste tant à faire dans ce processus de libération. L’imaginaire et la pensée politique malgache sont à reconstruire. Il est urgent de créer un pays souverain, de revoir la place qu’occupe Madagascar dans le monde. Si la France par la voie de son président ose faire la déclaration citée ci-dessus, par équivalence, il serait temps d’entendre la voix des dirigeants Malagasy exprimant leur volonté de s’affranchir de cet héritage politique colonial et progressivement prendre en main une vraie destinée politique de la nation. Madagascar a passé une grande partie de ces 60 dernières années sous l’influence externe, il serait temps d’avoir une politique endogène unie, avec un objectif commun : sortir de l’enfermement du pays colonisé, s’affranchir de l’héritage colonial. Ce sont là, les œuvres de pédagogie autour de la décolonisation et de la libération dont le pays a fortement besoin.

Fabien Gaston RAZAKANDRAINIBE, Editorialiste

[1] Divide et impera : Divise et regne. Machiavel

©Crédit photo

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