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Michaël Randrianirina : très loin des revendications sociales de la Gen Z ?

Michaël Randrianirina : très loin des revendications sociales de la Gen Z ?
Huit mois se sont écoulés depuis l’arrivée au pouvoir de Michaël Randrianirina. Si l’espoir a pu être permis dans les premiers jours de la transition, qu’en est-il aujourd’hui de cette promesse de « refondation » censée transformer en profondeur la vie politique malgache ?
L’arrivée des militaires à Madagascar a suscité un enthousiasme populaire modéré. En réalité, la principale satisfaction d’une partie de la population résidait moins dans l’avènement d’un nouveau régime que dans la chute d’Andry Rajoelina, tenu pour responsable de nombreux maux affectant le pays. Beaucoup espéraient qu’un simple changement de dirigeant ne pourrait qu’améliorer la situation. Une situation qui s’est trop souvent répétée à Madagascar.
Or, huit mois plus tard, le régime semble peiner à trouver son cap. L’improvisation paraît tenir lieu de méthode gouvernementale. Madagascar n’a toujours pas résolu sa crise énergétique chronique, alors que la population reste particulièrement vulnérable aux conséquences du changement climatique. Quant à la pauvreté, elle continue de frapper une majorité de citoyens de manière désespérante.
La corruption, véritable cancer institutionnel de la Grande Île, continue par ailleurs de prospérer. Les promesses de moralisation de la vie publique n’ont pas encore débouché sur l’amorce de réformes structurelles capables de restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions.
À bien des égards, cet échec relatif était prévisible. Si des gouvernements issus des urnes, disposant de programmes, d’équipes et d’une préparation préalable à l’exercice du pouvoir, ont échoué, élection après élection, à répondre aux attentes de la population, à plus forte raison, comment un régime né d’une prise de pouvoir militaire, dans un contexte d’urgence sociale, pouvait-il prétendre réussir sans disposer d’une véritable vision politique ?

La Russie, grande bénéficiaire des contestations sociales

Alors que le bilan intérieur demeure pour le moins mitigé, Michaël Randrianirina se distingue néanmoins par une réorientation spectaculaire de la politique étrangère malgache. Le nouveau pouvoir a engagé un rapprochement accéléré avec la Russie, rompant avec les relatifs équilibres diplomatiques qui prévalaient depuis près de deux décennies.
Ce revirement en matière de politique étrangère a pris forme sans véritable débat national, alors même que le régime ne dispose d’aucune légitimité électorale. Si ce choix diplomatique en faveur de la Russie peut sembler éloigné des préoccupations quotidiennes des Malgaches, ses conséquences pourraient pourtant être profondes.
Le premier volet de ce rapprochement est sécuritaire. Depuis plusieurs mois, Moscou multiplie les livraisons d’équipements militaires à Madagascar et participe à la formation des forces armées malgaches. Des coopérations dans le domaine de la défense ont été officiellement annoncées par les deux parties, illustrant la volonté du régime de faire de la Russie un partenaire stratégique privilégié.
Mais c’est sans doute sur le terrain de l’influence culturelle et intellectuelle que la stratégie russe apparaît la plus ambitieuse. Les autorités russes soutiennent désormais le développement de programmes visant à promouvoir la culture russe, l’élargissement des échanges universitaires et l’ouverture de structures dédiées à la coopération culturelle, à l’image de la future « Maison russe » d’Antananarivo.
Cette politique s’inscrit dans une stratégie plus large déjà observée dans plusieurs pays africains. Au-delà des accords militaires, Moscou cherche à former une nouvelle génération d’élites acquises à ses intérêts géopolitiques. Universitaires, journalistes, influenceurs, hauts fonctionnaires ou futurs responsables politiques deviennent les cibles privilégiées de cette politique d’influence, avec l’espoir de réduire considérablement le lien historique qui unit Madagascar à la France.
L’objectif n’est pas seulement de gagner un partenaire diplomatique supplémentaire. Il s’agit également de façonner, sur le long terme, un environnement intellectuel et politique favorable aux positions russes dans l’océan Indien, qui apparaît désormais comme un nouveau terrain d’influence.
Pour une jeunesse qui s’était mobilisée autour d’exigences de justice sociale, de transparence et d’amélioration concrète des conditions de vie, la question mérite d’être posée : la transition conduite par Michaël Randrianirina répond-elle réellement aux aspirations de la Gen Z, ou assiste-t-on à la déclinaison d’un agenda plus personnel du colonel malgache, s’inscrivant avant tout dans une logique de prolongation indéterminée de son maintien au pouvoir ?

A propos de l'auteur

Gregory SILENY

CO-FONDATEUR & REDACTEUR EN CHEF
Spécialisé dans la communication et l'analyse politique. Il intervient notamment sur les médias spécialisés sur l'Afrique.
gregory.sileny@madagascar-media.com