Diplomatie : que pense la France de Madagascar ?

En diplomatie, il ne fait pas bon de dire tout ce que l’on pense de l’autre. Même si une forme de communication débridée existe naguère, surtout depuis la présidence de Donald Trump, comme en témoigne l’attitude de Recep Erdogan à l’attention d’Emmanuel Macron[1] ; encore aujourd’hui, la ligne partagée par l’ensemble des chancelleries est de policer les discours et faire régner les amabilités. Entre la France et Madagascar, le politiquement correct ou les bonnes ententes « de façade » ont toujours été de rigueur ; très élogieuses au moment de l’intronisation d’un nouveau Président, comme ce fut le cas pour Andry Rajoelina, ainsi que pour ses prédécesseurs, Hery Rajaonarimampianina et Marc Ravalomanana au cours de son second mandat. En atteste ce que nous rapportait l’Élysée au sujet de la rencontre bilatérale entre Rajaonarimampianina et Macron, en 2017, après 4 ans d’exercice pour le Président malagasy « Le Président de la République a salué le retour de la stabilité politique dans le pays après des années de crise et a souligné l’importance d’un climat politique apaisé, au bénéfice des populations et d’une stabilité durable. » Lors de son intronisation, les propos envers le fondateur du HVM étaient encore plus dithyrambiques « très encouragée par le discours du nouveau président ». « C’est un discours absolument fabuleux, plein d’espoir », selon la ministre de la francophonie française, Yamina Benguigui.

Marc Ravalomanana a aussi eu les faveurs de la présidence française alors que tout le monde s’accordait à dire qu’il était plus anglophile que francophile, les observateurs se réjouissaient du mieux dans l’approche économique portée par celui qu’on appelle désormais « Dada ».

Madagascar a une gouvernance catastrophique depuis 1972

Ces rencontres diplomatiques en disent très peu de ce que pense réellement la France de Madagascar, et il en devient difficile de recueillir un avis tranché sur notre chère île. Pour en savoir un peu plus, il convient d’outrepasser le pouvoir exécutif pour se tourner du côté du pouvoir législatif. En début d’année 2020, la commission des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale française s’est constituée une délégation pour observer la situation politique, économique et sociale à Madagascar. Cette mission était avant tout centrée sur les bienfaits de l’aide publique au développement (APD) pour mieux apprécier son impact auprès des populations locales. Alors que le rapport rendu par cette commission est passée relativement inaperçue au sein de la Grande île, il n’en demeure pas moins fort intéressant ; permettant de savoir ce que pense objectivement les français de Madagascar et sur le devenir de la relation entre les deux pays, tant l’APD est au cœur de la relation bilatérale. Madagascar est perçu comme un pays dans l’incapacité à répondre aux besoins les plus primordiaux de sa population. En effet, avec un peuple malagasy qui a perdu 1/3 de ses revenus depuis son indépendance, un taux de croissance divisé par 2, les pouvoirs publics ont montré successivement l’échec des politiques publiques. Les Présidents post-indépendance n’ont pu s’extraire d’une économie de rente, favorable à une élite économique et à une capture de l’appareil étatique[2]. La commission française donne des pistes qui paraissent évidentes et logiques mais pourtant jamais entrevues de manière sérieuse par les dirigeants malagasy.

En premier lieu, la démographie doit être davantage jugulée dans un pays où vit majoritairement une population pauvre, avec 4.2 enfants par femme. Un moyen de faire baisser une pauvreté structurelle qui augmente année après année. En second lieu, l’auto-suffisance alimentaire, axe fort du plan émergence de Rajoelina, passe par la fin de l’importation du riz, consommé par 75% de la population. Cet aliment indispensable aux habitudes alimentaires des malagasy nécessite impérieusement une stratégie tournée sur le marché intérieur avec toute une chaîne de distribution.

Une nouvelle relation bilatérale

Les aides publiques au développement sont un échec cuisant, un sentiment partagé par la Commission et les députés présents à la présentation du rapport. Les français songent de plus en plus à dupliquer le modèle allemand qui consiste à éviter le pouvoir central pour aider directement les populations. Ce procédé viserait à combattre la corruption pour un impact plus direct favorable aux populations. In fine, ce qu’il ressort de l’APD, elle n’aide aucunement les pays africains et pas spécifiquement Madagascar, dans les objectifs de développement. Un phénomène qui s’explique par des États qui invoquent la souveraineté pour mieux se servir où les populations sont exclues des programmes d’aides initiaux.

[1] Recep Erdogan convie son homologue français à passer un examen de santé mentale.

[2] La capture de l’État est un type de corruption politique systémique dans laquelle les intérêts privés influencent considérablement les processus décisionnels d’un État à leur propre avantage. 

 

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