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Editorial

Comment le dossier « Iles Eparses » sera géré par l’Elysée ?

Le camp français tergiverse et s’inquiète de la tournure du dossier épineux des îles malgaches de l’Océan Indien. L’engouement des malagasy et les actions gouvernementales ne sont pas restés sans effet comme le démontre l’intervention d’Emmanuel Macron, le 3 Décembre, où il s’est empressé d’annoncer, l’ouverture d’une nouvelle station de recherche au sein des îles Eparses. Une réponse cinglante qui avait pour seul objectif de contrer la concertation nationale malagasy et l’image forte de Didier Ratsiraka au côté d’Andry Rajoelina, quelques jours après. La France a une position claire en off, elle souhaite une co-gestion, le meilleur moyen de ne pas perdre la face entre la souveraineté, chère à la Droite de son échiquier politique allant des Républicains aux Rassemblement National en passant par les petits partis comme Débout la République de Nicolas Dupont-Aignan et l’UPR de François Asselineau.


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Mais, ce qui préoccupe le plus l’Elysée, ce sont les potentielles mannes financières générées par les hydrocarbures, trouvées dans le canal du Mozambique ; bien plus que la biodiversité même s’il ne faut pas négliger cet aspect. La loi anti-hydrocarbure votée en 2017, sur le territoire français, n’a pu être pensée sans prendre le temps de jauger dans quelle sphère les ressources, actuellement gérées par le Terre Australe Antarctique Française (TAAF), placent sur orbite la puissance nucléaire et la deuxième économie d’Europe. La stratégie française est embourbée dans un cumul de défis entre la sortie progressive du nucléaire qui est actuellement la source de son indépendance énergétique, la zone économique exclusive, la plus importante au monde, et la place géostratégique générée par les îles Eparses avec ses 30% des flux pétroliers qui y transitent et enfin, toujours sur le continent africain, la perte de l’influence monétaire et économique cristallisée par la sortie du Franc CFA en 2020 pour les pays de l’Afrique de l’ouest.

Une France face à des enjeux sans précédent

La situation de co-gestion de Tromelin décidée par l’Île Maurice et la France, ne plaide ni en faveur des défenseurs de la co-gestion et par ricochet, ni à la France. Presque 10 ans se sont écoulés et le dossier de Tromelin est toujours bloqué à l’Assemblée Nationale, à Paris. La France, avec les îles malgaches de l’Océan Indien comme le précise la résolution 3491 des Nations Unies, est face à un dossier fort en symbolique, en message politique et aux prises à une réelle influence sur son privilège partenarial en Afrique. Il est vrai, les démocraties occidentales soutiennent une philosophie visant à atténuer la souveraineté d’une nation, au bénéfice et pour soutenir un régionalisme[1] via l’appartenance pour les pays européens à l’Union Européenne. Une philosophie, qui est loin d’avoir l’assentiment des peuples et à l’origine d’une droite nationaliste qui émerge.

Dans les pays du sud, la souveraineté est une force non négociable dans laquelle s’est toujours plus ou moins inscrite Madagascar, ou difficilement concédée comme en atteste les différentes politiques d’ouverture et de libre circulation des biens et des personnes entre les pays membres d’entités régionales en Afrique comme la Communauté économique monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC) qui est loin d’être respectée voire bafouée[2]. A Madagascar, le Président Tsiranana a été l’homme de l’indépendance, Didier Ratsiraka est sorti de la zone franc et a évacué promptement la base militaire française de l’île rouge, Marc Ravalomanana a permis l’entrée de Madagascar dans la SADC et enfin Andry Rajoelina a participé à l’accélération des événements autour du projet de restitution des 4 îles, après en avoir fait la demande officielle lors de sa première visite diplomatique en France.

Respect de la souveraineté pour mieux promouvoir la relation bilatérale

Dans le siècle précédent, la revendication de sa souveraineté au détriment d’intérêts économiques étrangers était lourde de conséquence pour un pays du sud, aujourd’hui, la géopolitique a changé et elle renvoie vers une diplomatie plus extensible avec la « menace » pour la France de perdre des avantages stratégiques et économiques dans bon nombre de secteurs, aux dépens d’autres puissances ou des pays émergents, à commencer par la Chine, très intéressée par les potentialités de l’Océan Indien et le canal du Mozambique, défini comme un enjeu stratégique crucial. Les années 2000 ont été le théâtre de cette perte d’influence de la France dans la relation franco-malagasy, mais aujourd’hui, un président malagasy de la même génération que son homologue ne souhaite pas arriver à cette possible détérioration de la relation historique et partenariale qui lie les deux pays. Au contraire, tout peut se co-construire si des bases saines sont établies, à commencer par le respect ou la restitution de la souveraineté.

Gregory SILENY, Editorialiste.

[1] L’Union Européenne évoque une communauté de région, très inspiré du fédéralisme et modèle allemand.

[2] La Guinée Equatoriale membre de la CEMAC envisage la construction d’un mur à sa frontière pour empêcher une immigration devenue problématique aux yeux des autorités locales

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