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Quelles sont les 3 batailles que Madagascar devra mener ?

Historique, le 18 novembre 2019, à Antananarivo, dans le palais d’Andafiavaratra, a été reçue une délégation de diplomates française en vue de discuter et sortir de la crise sur les îles éparses, les îles malgaches de l’océan indien. Un communiqué de presse a été publié à l’issue de cette journée historique. Madagascar a exprimé sa détermination de voir le retrait de la France sur ces îles au nom des droits et la législation internationale en vigueur ainsi que pour affirmer sa souveraineté territoriale, économique et historique. Un autre rendez-vous sera prévu en France. A ce stade de la négociation, Madagascar a réitéré sa détermination de retrouver ce qu’on lui a pris pendant la période coloniale. Les enjeux sont triples pour la Grande Ile: achever la décolonisation, retrouver son intégrité territoriale et affirmer sa souveraineté économique. Trois enjeux, trois batailles : bataille historique, bataille territoriale et bataille économique.


Achever la décolonisation

L’humanité a connu des périodes sombres dan son histoire, la colonisation en est une. Une période de grande barbarie ou dans de nombreux pays les autochtones étaient réduits à l’esclavage et au racisme colonial, spoliés de tous leur biens, de leur ressources et richesses naturelles ainsi que dépossédés de leur terres. Madagascar fait partie des ces pays victimes. L’indépendance de Madagascar a été proclamée en 1960, mais auparavant, les colons ont pris le soin de ravir les îles malgaches de l’Océan Indien, les îles eparses. De nos jours, la colonisation française sur ces îles se poursuit. Pourtant, le regard français sur la colonisation a évolué depuis. Emmanuel Macron a reconnu l’atrocité et la barbarie de la colonisation en la qualifiant de crime contre l’humanité lors de sa visite le 15 février 2017 en Algérie. Il déclarait : « J’ai condamné toujours la colonisation comme un acte de barbarie » et il poursuit :« La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie. Et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face, en présentant nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes ». Un autre président français, Nicolas Sarkozy abonde dans ce sens en denonçant le système colonial, « injuste par nature ». Selon lui « Ce système ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation ».

« La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie. Et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face, en présentant nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes »

Le Président français, Emmanuel MACRON, le 15 février 2017, en Algérie

On oublie souvent l’élément de barbarie de la colonisation, dès lors qu’on met souvent en avant l’élément de civilisation. Mais il faut se dire que le monde connu des malgaches avant la colonisation était déjà un monde structuré, civilisé, en plein essor avec une présence diplomatique reconnue à l’échelle internationale. Le processus de décolonisation en 1960 était partielle quand on apprit que la France ne voulait pas abandonner les îles malgaches de l’Océan Indien. Plus tard, l’ONU lui ordonne expressément de les restituer à Madagascar. Mais la France fait la sourde oreille. Du côté des malgaches, il est temps de mettre fin à cette dépossession territoriale. Retrouver ses îles relève pour tout le peuple malgache de l’expression de la souveraineté nationale, c’est la cicatrisation d’une blessure ouverte depuis 1898. La démarche pour restituer les îles malgaches de l’Océan Indien ravie et spoliée lors de la colonisation des Malgaches est la première bataille à mener, à savoir la réparation de l’histoire. Il y a des raisons de croire que la France est capable de restituer ces îles comme une grande nation pourrait le faire et comme le démontrait aussi les propos des présidents cités ci-dessus. «  les mémoires et clôturer le deuil de la colonisation » si l’on veut prendre les termes de Macron, serait le point de départ de toute négociation autour de ces îles, mais aussi et surtout pour asseoir une véritable coopération future entre les deux nations.

Intégrité et souveraineté territoriale

Avec les îles malgaches de l’Océan Indien, la France étend son domaine maritime de 579.00 km2. Elle devient  le premier pays du monde à avoir la surface maritime la plus vaste juste devant les Etats-Unis. 352 177 km2, c’est la superficie des îles éparses. Avec ce titre honorifique d’être le premier pays qui a le plus grand domaine maritime au monde, l’ambition française est vraisemblablement de le rester et de garder ce rang, ce qui complique la bataille de Madagascar, celle de retrouver son intégrité et souveraineté territoriale. Madagascar doit se montrer fort et inébranlable dans les prochaines négociations avec comme objectif ultime de faire des ces îles une zone économique exclusive (ZEE), qui d’après le droit de la mer, est un espace maritime sur lequel un État côtier exerce des droits souverains en matière d’exploration et d’usage des ressources. Ainsi, Madagascar, en tant que propriétaire d’une ZEE, possède les droits souverains exclusifs sur un espace délimité qui lui permettent de conserver et gérer toutes ressources naturelles dans sa zone économique exclusive, d’explorer et exploiter les fonds marins ainsi que le sous-sol de cette zone. Mais il faut dire qu’en terme de présence géostratégique, la France a déjà des bases dans l’Océan Indien (Mayotte et La Réunion). Restituer ces îles malgaches de l’Océan Indien n’impactent en rien la présence Française dans l’océan indien. La vraie question est ailleurs.

Souveraineté économique

C’est ici que se situe la troisième grande bataille que Madagascar doit mener. Il y a sûrement les enjeux historiques et d’intégrité territoriale, mais l’enjeu principal et la plus difficile, le nerfs de la guerre comme on dit, c’est l’aspect économique que revêtent les futures négociations. L’exploitation des ressources du sol et du sous-sol marin de ces îles est au centre des échanges à venir. Certes, nous pouvons croire qu’il y aura restitution des ces îles à Madagascar, mais une question épineuse demeure : comment les deux pays vont trouver l’accord à l’amiable pour gérer ensemble ce vaste domaine maritime, dans quel nouveau cadre juridique sera inscrit l’exploitation des sols, du sous-sols et de toute ressource naturelle sur ces îles ?  La perspective d’exploitations des fonds marins ouvre les appétits d’autant plus que la quasi-totalité des marchés de l’économie maritime sont en croissance. Quelles sont les chances de donner naissance à cette possibilité de co-gestion ? Dans tous les cas, la France ne pourra pas se cacher derrière la façade d’un grand protecteur de la biodiversité, alors qu’elle veut mener des campagnes d’exploration dans ces zones, en exploitant les richesses qui pourraient s’y trouver, tels que des hydrocarbures.

Fabien Gaston RAZAKANDRAINIBE, Editorialiste.

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