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Relations internationales

Diplomatie: qu’a donc dit Le Drian à Rajoelina ?

Des inquiétudes subsistent, côté malagasy, au sujet des îles Éparses malgaches. L’agressivité qui accompagne la communication d’Emmanuel Macron a sans doute créé un malaise au sein de la grande île, amputée de son territoire et de ses richesses, depuis l’indépendance en 1960. Dans l’analyse de la politique étrangère de l’Élysée, plus particulièrement dans celle qui concerne l’Afrique, la France a changé depuis plus d’un an. L’expérience engrangée du jeune Président français n’y est pas étrangère. Il y a eu beaucoup d’ouverture au début de mandat de la part de Macron, avec le discours de Ouagadougou et la visite diplomatique à Accra qui a mis en exergue l’autodétermination africaine partagée par le Président Nana Akufo-Addo dans son allocution. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, Emmanuel Macron a maintenu une influence française dans le système monétaire en Afrique de l’Ouest, avec un Franc CFA revisité, le G5 Sahel a encore plus affaibli les 5 États africains du Sahel déjà contraints et assujettis à la France et enfin, il semblerait que la puissance française entend encore s’affirmer sur la souveraineté des îles malgaches, pourtant désavouée par l’Organisation des Nations Unies, depuis 41 ans.


Une visite d’affirmation

Le ministre français Jean-Yves Le Drian a sans aucun doute rappelé la position française au Président malgache. Une prise de position qui est loin de faire les affaires d’Andry Rajoelina. La communication officielle qui a suivi cette rencontre diplomatique vient asseoir la « domination » française qui entretient la relation d’aide initiée par des dons et des prêts à l’État malgache, vantant ainsi les bonnes relations diplomatiques officiellement, préférant laisser les hostilités se gérer en catimini. Il y a fort à penser que cela entrait dans la stratégie française dans un dossier qui est loin d’être considéré comme mineur aux yeux du Président français. Andry Rajoelina avait été très calme et précautionneux dans ses propos sur Twitter qui avaient suivi la présence d’Emmanuel Macron sur l’île Grande Glorieuse, une position a posteriori opportune puisque cela précédait la concertation nationale et la commission mixte. Aujourd’hui, on entre dans un cycle plus compliqué à appréhender avec une diplomatie agressive qui se poursuit côté français et une échéance qui arrive à grande vitesse.

La diplomatie, toujours la diplomatie

Andry Rajoelina doit poursuivre sur la prise de hauteur en évitant l’opposition frontale dans laquelle l’emmène son homologue français. Depuis le début de son mandat, il a laissé transparaître l’image d’un président ouvert, prêt à réhabiliter le Président Ratsiraka sur le plan intérieur et tourné vers l’avenir. En revanche, l’espace médiatique et temporel doit être occupé pour ne pas tomber dans un mutisme profitable aux français. Ouvrir le conflit latent avec la France s’impose petit à petit, pour ce faire, le Président malgache peut orchestrer savamment une visite diplomatique pour faire passer un message et ressortir sa fermeté quant à la restitution des îles malgaches. Dans la suite des négociations, l’échéance du 26 Juin paraît de plus en plus complexe dans l’aboutissement des négociations et la quête d’une issue favorable. Pour ces raisons, prévoir une première avancée où l’agressivité française cesserait avec une reconnaissance des résolutions onusiennes par la France et dire expressément que nos deux pays veulent conjointement préserver leurs intérêts dans une négociation circonscrite, autrement dit avec une nouvelle date d’échéance, fin 2020, cela entretiendrait l’espoir et laisserait le temps à la délégation malagasy de faire basculer les négociations positivement.

Grégory SILENY, Éditorialiste.

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