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Economie

CFA: un passé lointain pour les malagasy

L’information qui a agité tout le continent africain, à la fin de l’année 2019, a été partagée officiellement au détour d’une visite diplomatique menant le président français Emmanuel Macron du côté de la Côte d’Ivoire, pays hôte d’Alassane Dramane Ouattara. Au cours de leur conférence de presse commune, on apprenait que le très contesté franc CFA s’apprête à tirer sa révérence, tout du moins son appellation de manière certaine, puisque désormais les 8 État africains composant l’Union Économique et Monétaire  des États de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA) auront pour monnaie unique l’ECO. La forme a quelque peu interloqué, entre la prééminence française épaulée de son faire valoir ivoirien se voyant attribuer le privilège de l’annonce de cette fin de l’un des derniers vestiges du colonialisme, le tout en absence des 7 autres chefs d’État. Mais aussi, le timing choisi par les Présidents Ivoirien et français questionne outre mesure.  


L’arrivée soudaine de l’Eco survient alors que les pays de l’Afrique de l’Ouest dont les puissances régionales comme le Nigeria et le Ghana soutenaient fortement une condition sine qua none de tout abandon à toute forme d’allégeance des États africains, francophones[1] pour leur majorité, à la France comme le prédisposait l’ex franc des colonies africaines. Il semblerait que la France sera bel et bien présente avec l’assentiment des pays de l’UEMOA allant jusqu’à emprunter le nom ECO[2], choisi antérieurement par les pays de la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Perte D’influence française, mais….

L’analyse que nous pouvons livrer au vu des premières indications portées à notre connaissance, la France perd de son influence ce qui va dans le sens de l’histoire où elle jouissait encore d’un pouvoir colonial jugé légitimement anachronique. La fin de la présence française au sein du conseil d’administration de la banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) est sans contestation la grande victoire pour les états membres, tout comme la fin de l’obligation de dépôt de 50 % des réserves étatiques au Trésor Français. Cependant, la France, reine de la négociation lorsqu’il s’agit de traiter avec les pays du continent, reste toujours garante du système monétaire africain de la UEMOA et a préservé le carcan de la parité fixe de la nouvelle monnaie Eco arrimée à l’euro ce qui handicape toujours des économies africaines dotées de produits d’exportation à faible valeur ajoutée où la jouissance d’une appréciation de la monnaie est plus que primordiale.

Madagascar, un exemple pour toute l’Afrique

Cette histoire pour Madagascar est déjà lointaine puisqu’elle nous remonte au 25 janvier 1973. Les autorités malgaches de cette période, emmenées par un Didier Ratsiraka au Ministère des affaires étrangères (M.A.E) sont fermes et déterminés défendant une monnaie souveraine indispensable à l’indépendance économique de Madagascar ; tandis que la France propage une idée de peur visant au maintien d’un compte d’opération pour la Grande île, Didier Ratsiraka est sans ambages dans son propos « sans monnaie, on a une indépendance bancale ». Le Président Gabriel Ramanantsoa adoube son M.A.E et s’adonne aussi à une phrase restée célèbre et inspirée d’un aphorisme d’un autre Président historique, qualifié de dissident, Sékou Touré[1] «Nous préférons rester pauvres, mais dignes, que nous agenouiller devant des richesses ». La position de Madagascar reste aujourd’hui un cas exceptionnel de rejet de ladite zone franc et du système monétaire imposé par la France, avec la Mauritanie. A l’heure où d’autre négociations avec des intérêts immenses se jouent avec toujours les mêmes protagonistes Madagascar et la France tiraillés au sujet des îles malgaches de l’Océan Indien, la fermeté et la conviction sont des traits à intégrer à la diplomatie et à la négociation. Car elle a le mérite de produire du résultat et d’entrer aussi, par la suite dans une issue favorable naturellement, dans la mémoire collective. Les actes de 1973 inscrivent Madagascar définitivement dans l’histoire du continent en ayant eu le courage de défendre une position ferme et affirmée.

Gregory SILENY, Editorialiste.

[1] 7 sur 8 pays composant l’union monétaire

[2] Au sommet de la CEDEAO du 29 juin 2019 à Abuja au Nigeria, le nom ECO a été adopté pour l’ensemble des 15 pays membres. 

[3] «Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage», prononcée devant le général de Gaulle en 1958

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