Madagascar victime de l’injustice climatique

COP25, 25ème conférence des Nations Unies sur le changement climatique

Les signataires de l’accord de Paris se sont réunis à Madrid du 2 au 13 décembre 2019 afin de négocier des objectifs ambitieux de réduction des émissions des gaz à effet de serre. Ces décideurs politiques sont sous pressions, d’une part l’ONU demande que les efforts soient multipliés par cinq pour limiter la hausse des températures à 1,5°C, en lien avec les accords de Paris (COP21). Et d’autre part, la forte mobilisation sociale, 500 000 personnes ont défilé dans les rues de Madrid pour réclamer des actions urgentes, ainsi que des engagements publics pour répondre à la crise climatique.

Encore une réunion de plus pour discuter et échanger sur le réchauffement global, mais les véritables actions tardent à venir. Il est important de souligner que l’urgence climatique ne fait pas l’unanimité. Le Secrétaire Général de l’ONU Antonio Guterres affirmait : « Si nous ne changeons pas urgemment notre façon de vivre, nous mettons en danger nos vies nous-mêmes ». Autrement dit, nous sommes en train de nous autodétruire mais nous ne sommes pas conscients à l’echelle planétaire de cette autodestruction.  A l’instar des Etats-Unis, le repli sur soi est un frein pour avancer sur le sujet. Il faut avouer qu’il est difficile de convaincre le G20, les pays les plus pollueurs et complices pour réfléchir sur leurs investissements continus dans le charbon, le gaz, le pétrole et la perte des forêts. La réflexion sur le transfert des emplois d’une économie à forte intensité de carbone à une économie à faible émission de carbone est ralentie par les désaccords apparents des grands pays qui ne veulent pas changer leur mode de vie. Les effets de cette injustice climatique se manifestent ailleurs.

Madagascar, exposé au premier plan, aux risques climatiques extrêmes

A commencer par des records de températures exceptionnellement très élevées ces dix dernières années à la surface de la planète, causant la fonte des glaciers et la hausse des niveaux de la mer. A Madagascar, plusieurs régions ont été touchées cette année par des vagues de chaleurs. Le pays n’est pas prêt aujourd’hui pour faire face à ces périodes de canicules qui sont amenées à se répéter dans les années à venir. Ces vagues de chaleur augmentent les risques d’incendie et aggrave la pollution de l’air et favorisent l’apparition des maladies respiratoires et les pertes humaines qui s’ensuivent.

De surcroit, sans parler de la fragilisation du récif corallien, de la destruction de la biodiversité, de la désertification grandissante dans le sud de l’île, les changements climatiques vont sûrement accentuer les phénomènes cycloniques plus importants dans les années à venir sur la Grande île, et causer des dégâts matériels et des pertes humaines de plus en plus lourd. Cette crainte de renforcement de l’intensité cyclonique est vérifiée pour Madagascar puisque l’Océan Indien est une zone active de formation des cyclones, Madagascar se trouve dans les trajectoires théoriques des cyclones. La grande île est le terminus des cyclones et des tempêtes tropicales.

Inégalité et injustice climatique

Le réchauffement climatique est profondément injuste. On peut dire que Madagascar fait partie des premiers pays victimes du dérèglement climatique, le pays subit et est exposé aux risques climatiques extrêmes alors qu’il est le moins responsable de la crise climatique. Cette injustice climatique entrave indéniablement le développement du pays et creuse davantage après chaque année d’inaction les inégalités écologiques. Beaucoup restent à faire pour faire face à ces grands fléaux climatiques incontournables à venir, telles que la construction des infrastructures, des abris d’urgences, à travers l’île pour protéger la population lors des passages des cyclones ; la mobilisation des malgaches pour le climat ; l’action de l’Etat pour alarmer le monde sur les perturbations climatiques causées par les pays riches ; la promotion des solutions locales en faveur de l’environnement et du climat. Montrer au monde que Madagascar a aussi son « Greta Thunberg ».

« La COP 25 est le premier sommet d’un nouveau cycle porté par la nécessité de mener des actions climatiques plus ambitieuses »

Teresa RIBERA, Ministre de l’environnement espagnol

Enfin, pour revenir à la COP25, Teresa Ribera, ministre de l’environnement espagnole reste optimiste : « La COP 25 est le premier sommet d’un nouveau cycle porté par la nécessité de mener des actions climatiques plus ambitieuses ». Attendre et voir donc d’ici décembre 2020 pour la COP26 à Glasgow, premier grand rendez-vous dans le cycle onusien depuis la COP21 de Paris.

Fabien Gaston RAZAKANDRAINIBE, Editorialiste.

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