La plus grande crise se présente face à Madagascar

Par Gilles SOFIER, Éditorialiste.

Si nous nous sommes habitués à vivre au rythme des rapports quotidiens du CCO sur la Covid-19, le dernier weekend accorde une bouffée d’air. La hausse du taux de guérison et la baisse de cas confirmés atteints de la covid-19 viennent rompre la chaîne de la peur qui a gagné Madagascar, après 4 mois et demi de confinement.

Madagascar préoccupe à tous égards, dans la lutte qui l’oppose à la pandémie de la Covid-19. Les armes mis à disposition de la Grande Île se révèlent impuissantes face aux phénomènes concomitants. Si la pandémie gagne du terrain, les autres maux dont souffrent Madagascar ne sont pas encore éradiqués ou mis en suspens, temporairement. Pourtant, le pays en aurait tant besoin. Malheureusement, cela ne se décrète pas comme une annulation de la dette souveraine des États, demandés par pléthores de pays africains. À Madagascar, la grande pauvreté dans le Grand Sud, une population majoritaire située en dessous du seuil de pauvreté, une économie à l’arrêt pour les industriels et les sociétés nationales, puis enfin, une situation désormais critique pour la prise en charge hospitalière. Tous ces défis sont encore et toujours d’actualité.

Ajouté à cela, un personnel médical éreinté par les efforts consentis dans la gestion de cette crise, toujours en quête de revalorisation salariale et demeure, par ailleurs, les premiers exposés à la Covid-19. L’État seul ne serait tenir face à une crise sans précédent. Très loin, en termes d’impact et de conséquences, des situations post-électorales ou des crises politiques précédentes de 2001 et 2009, pour les plus récentes d’entre elles. Le Sosialim-bahoaka est prononcé sur toutes les lèvres des concitoyens malagasy, prisés par une majorité de foyers, eu égard aux dégâts de la pandémie. La crise économique est insidieuse, à plus forte raison, puisque seule une centaine de morts liée à la pandémie, sont tristement comptés pour le moment. Mais à long terme, comment venir en aide à ses millions de foyers dans le besoin, alors que le budget de l’État est qualifié d’indigent en dépit de la multiplication des dons et des subventions, venus d’ailleurs. La conjugaison des facteurs, l’imbrication des problèmes à traiter viennent assurément fragiliser toute entreprise étatique, quel que soit le volontarisme affiché.

Une crise qui révèle un lourd passé étatique ?

Plus qu’un constat qui se veut lucide sur la situation, il s’agit de nommer la conjoncture à laquelle fait face le pays. La classe dominante ou l’intelligentsia semble se noyer dans une confusion. La critique constructive ne se situe pas dans le débat binaire, « confiner » ou pas confiner, gestion saine ou mauvaise gestion de la Covid-19 ? L’économie importatrice tant décriée au sujet de Madagascar touche aussi, semble-t-il, nos intellectuels qui ne font que reproduire des échanges vus et théorisés, en occident. La réalité est la suivante, l’État « failli » à Madagascar ne date pas des dernières élections. Pour les plus optimistes, cela fait trente ans que Madagascar porte le tribut de politiques indigentes. Les plus pessimistes sont plus cinglants puisqu’ils avancent la thèse selon laquelle au sortir de l’indépendance, Madagascar n’a fait qu’emprunter un chemin périlleux. Une déliquescence structurelle, à l’origine du manque d’hôpitaux, de matériels médicaux, d’un réseau routier famélique, du manque de personnels qualifiés, de l’absence d’une politique de couvertures des risques. Pour toutes ces raisons, chaque acteur doit prendre conscience qu’il doit apporter son aide, son savoir- faire voire son investissement humain ou financier.

Plus qu’une simple affaire d’État, une affaire de tous !

Le tourisme devra être relancé par des malgaches de la diaspora qui privilégient sciemment leurs prochaines vacances à destination de la Grande île. Les malagasy de l’Étranger devront jouer les VRP en sécurisant et vantant ardemment la flore et la faune, richesse endémique de Madagascar. Et surtout éviter de tomber dans la critique acerbe allant à l’encontre des intérêts nationaux. Les intermédiaires devront décupler dans le secteur de l’investissement puisqu’il va falloir faire des pieds et des mains pour sécuriser les investisseurs qui avaient l’intention de placer leurs capitaux à Madagascar. Les associations doivent œuvrer pour mutualiser leurs actions et mener une politique en synergie avec les autorités locales. Le secteur immobilier doit être aussi ciblé par la diaspora dans une perspective de retour et en adéquation avec les futurs investissements étatiques et privé dans les infrastructures. La relance malagasy passera en parallèle par l’organisation d’événements culturels, économiques susceptibles d’attirer les clientèles huppées aux coins du monde ; tout en offrant une image attrayante à Madagascar.  Les malgaches doivent désormais prendre conscience de leur influence et de leur pouvoir monétaire en soutien à l’économie locale pour les artisans et les petits commerces. Qu’il soit formel ou informel. L’État doit être la pierre angulaire pour rompre avec l’économie informelle et en offrant des garanties attractives aux agents économiques composant ce secteur. La politique de relance économique sera initiée incontestablement par l’État mais elle fait plus que désormais appel à l’ensemble des agents économiques pour vaincre une crise désastreuse, si on continue de la négliger.

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