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Institut Pasteur de Madagascar : la chute et le discrédit

La chute et le discrédit

L’institut Pasteur de Madagascar (IPM) est l’un des organismes de recherche de référence et prestigieux à Madagascar. Cette image brillante est maintenant ternie par une erreur grave en déclarant à la stupéfaction générale 62 faux cas positifs de coronavirus alors qu’il n’y avait que 5 après les contre-analyses dans un autre laboratoire dans des conditions presque similaires. Ces contrôles, l’IPM auraient pu les effectuer avant la publication des résultats. Mais au lieu d’admettre ses erreurs et ses failles, le prestigieux centre de recherche n’accepte pas que ses tests soient faillibles, ne reconnaît pas sa responsabilité et s’enfonce dans un sable mouvant. L’IPM aurait dû refuser s’il y avait eu des problèmes d’envoi de prélèvements risquant de contaminer tous les lots des prélèvements. Le suivi et le protocole opérationnel du service de sécurité et d’hygiène a failli. Les arguments avancés ne sont pas convaincants et une brèche de rupture de confiance s’est vraisemblablement ouverte, pouvant même causer sa chute et son discrédit auprès de l’autorité, de la communauté scientifique malagasy et de la population locale.


IPM un vieux système qui a besoin de réformes

L’IPM a été implanté à Madagascar au lendemain de la chute de la monarchie, en 1898 par Gallieni*, son fonctionnement et sa structure a depuis peu évolué. L’IPM ressemble aujourd’hui à un vieux système qui a besoin d’être réformé. On peut compter sur des doigts d’une main les cadres scientifiques malgaches qui dirigent les unités ou centre de recherche au sein de l’institut. Les malgaches sont toujours relégués au second rang, en tant qu’adjoint voire même techniciens ou laborantins alors qu’ils ont le diplôme de docteurs. Seulement quelques privilégiés peuvent accéder aux postes de responsabilité. Scandaleusement encore, comment il est possible d’envisager qu’un stagiaire doctorant ou même en niveau master 2 venant de France soient haut placés et encadrent des docteurs et scientifiques malgaches plus diplômés qu’eux, ces derniers restent dans le silence ou la peur et acceptent d’être humiliés pour rester en poste.

Pourquoi limiter la capacité des recherches des chercheurs Malagasy à l’échantillonnage ?

La recherche approfondie proprement dite ne se développe pas, Madagascar reste et demeure depuis plus de 60 ans un « pays-terrain », destiné uniquement pour les échantillonnages, les travaux sur terrain, le reste de la recherche se fera ailleurs. Il est vrai que la plupart des analyses poussées se font toutes en occident, privant ainsi les chercheurs malgaches d’être des premiers auteurs, ils sont souvent relégués en troisième auteur des publications scientifiques, Le maintien de ce système hérité de l’ancien système colonial est-elle une réelle volonté ? Pourquoi l’Institut Pasteur ne développe pas à ce jour à Madagascar un vrai centre de recherche sur les maladies infectieuses similaires en France ? Pourquoi limiter la capacité des recherches des chercheurs Malagasy à l’échantillonnage ? A quand les séquenceurs de dernières générations ? Pourquoi le pays ne dispose-t-il pas de bio informaticiens malgaches qui pourront prendre en charges les analyses localement ? Vraisemblablement, le Covid-19 a révélé aussi entre autres, la faille béante de la situation des recherches scientifiques et de la précarité des chercheurs Malagasy.

*Joseph Gallieni : Promu général, il est nommé gouverneur de Madagascar où il arrive le 15 septembre 1896. Il y restera jusqu’en 1905. D’emblée, Galliéni instaure le travail forcé, arrête et fait déporter la reine, et surtout réprime la résistance malgache à l’occupation française avec une brutalité inouïe : en 8 ans, 500 000 Malgaches sont tués, sur une population de 3 millions. Certains historiens parlent de 700 000 morts. Plus tard, en ricanant, Galliéni reconnaîtra avoir eu « la main un peu lourde ». Galliéni, raciste invétéré, fait établir une cartographie des « races » pour diviser et organiser le territoire.

©Crédit photo – Ouest France

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