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Santé

Quelques pistes pour vaincre la Peste

(Suite à la parution de l’article « Lutte contre l’épidémie : retour en force de la peste » du 14 août 2019 / Express de Madagascar).


Nous sommes au XXIème siècle, la peste existe et continue toujours à soulever beaucoup de questions à Madagascar. Pourquoi constitue-t-elle toujours une menace, alors que dans l’histoire de l’humanité, cette maladie est considérée comme une maladie vaincue? Pourquoi chaque année, à la même période appelée communément « la saison pesteuse » nous devons toujours vivre sous une épée de Damoclès ? Pourquoi les populations menacées ne prennent-elles pas au sérieux les risques encourus qui pourraient survenir en cas d’incidence de peste bubonique ?

Dans les pays où la peste frappait jadis, la probabilité de voir sa résurgence était quasi-nulle. Nous sommes persuadés qu’il y a sûrement une observation holistique à faire afin d’en tirer les conclusions les plus pertinentes. Cet essai tente d’appréhender la transmission et la propagation de cette maladie et lancer quelques pistes de réflexions pour la mise en œuvre des actions concrètes et efficaces.

Rompre le cycle de la transmission

Vivre dans un environnement propre et sain ne suffit pas pour éradiquer la peste à Madagascar. Il faut donc connaître l’adversaire pour mieux le combattre. Toute lutte contre une maladie vectorielle est fondée sur une parfaite connaissance de son cycle de transmission. L’objectif est de trouver tous les moyens pour rompre ce cycle à un stade de développement ou de transmission de la maladie. La bactérie Yersinia Pestis causant la peste est transmise à l’homme à la suite d’une piqûre de puces qui se sont infectés sur des rats. Les puces peuvent passer d’un hôte (généralement des rongeurs sauvages et domestiques) à un autre, du rat à l’homme et de l’homme à l’homme.

La lutte antivectorielle, en utilisant les insecticides, des produits anti-puces serait une méthode de lutte efficace si les puces n’ont pas développé une résistance. Tandis que chasser et éliminer les rats pourraient constituer un facteur d’incidence et de transmission de la peste, puisque les puces vont quitter leur hôte mort et aller vers un autre hôte disponible qui pourrait être l’homme se trouvant à proximité. D’où l’importance de na pas s’approcher des rats morts ou du moins prendre les mesures de protection sanitaires nécessaires avant de se débarrasser des rats morts.

Rompre le cycle de transmission c’est aussi déclarer au plus vite les personnes contaminées et le traiter et/ou les mettre en quarantaine pour éviter une éventuelle propagation de la maladie.

Identifier et éliminer tous les facteurs de propagations et de transmission

On serait tenté de dire que la nature a toujours raison. Si elle fonctionne et s’organise sans perturbations, les équilibres écologiques et des écosystèmes constituent un ensemble harmonieux avec l’homme. Mais c’est utopique de croire à cela, la structure et le fonctionnement des écosystèmes évoluent constamment et créent des nouveaux risques de transmission. C’est le cas du SIDA par exemple, la transmission initiale du virus se faisait du singe à l’homme, quand ce dernier exploitait l’or de l’Amazonie. La destruction de la forêt a entrainé des perturbations des populations des singes qui entraient en contact avec l’homme et le virus passait du singe à l’homme par une simple griffure. Il en est de même de la transmission et de la dispersion de la peste, la pratique de l’agriculture sur brûlis à Madagascar crée des dommages irréversibles de l’habitat naturel des rongeurs sauvages potentiellement connus comme étant des réservoirs de la peste. Nous assistons à un effondrement des écosystèmes sans précédent à Madagascar. Cela entraîne un dysfonctionnement grave des peuplements animaux, provoquant une migration des populations des rats : d’abord vers le village le plus proche pour y trouver de la nourriture. Favorisant ainsi une promiscuité entre les rats, les hommes et les puces, et augmentant par conséquence les risques de transmission à l’homme. Et ainsi de suite, les rats voyagent, prennent les taxi-brousses et franchissent les barrières géographiques et arrivent dans les grandes villes, comme à Antananarivo où les ordures s’amoncellent ici et là, les rats y trouvent de l’abondance, et les puces de nombreux hôtes potentiels et notamment des humains. C’est pourquoi l’assainissement des lieux ne suffit pas ou plus. Il faut traiter le problème à sa base. Très peu de malgaches sont conscients de cet effet domino silencieux. De surcroît très peu comprennent les bases écologiques de la conservation des milieux et des ressources naturelles.

Comment poser le problème ?

On l’aura compris, lutter contre la peste à Madagascar nécessite une approche intégrative avec la participation de multiples acteurs.  Rompre le cycle de la transmission de la peste tout en veillant à l’importance de comprendre le fonctionnement des écosystèmes, la structure et la dispersion des populations animales ne peut pas être à la charge de l’Etat tout seul. L’Etat peut apporter son aide dans l’éducation sanitaire et la prise en charge des malades, mais tout le monde est concerné. Il est temps de penser écosystème. Il n’est plus possible de faire comme si de rien était et regretter dire « Didy maso tsara ondana ka tafandry manana aretina », mais au contraire Il est essentiel de comprendre le fonctionnement et les interactions des vivants :  animaux, hôtes, parasites, virus, bactéries et aussi les végétaux.  Ce nouvel intérêt et cette conscience écologique sont salvateur pour nous tous, pour les malgaches, pour Madagascar. A nous de consacrer réellement les moyens, la volonté et la détermination pour réussir le grand défi sanitaire du pays : vaincre « enfin » la peste !

Fabien Gaston RAZAKANDRAINIBEEditorialiste,

Crédit photo : Courrier International

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