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Un président déjà en campagne

Un président déjà en campagne

À Madagascar, Michaël Randrianirina consolide progressivement son pouvoir. Entre apaisement social, recomposition parlementaire et neutralisation des foyers de contestation, le président de la Refondation semble déjà préparer l’après-transition.

Les grandes manœuvres ont commencé à Madagascar. Dix mois après la crise politique et sociale qui a emporté le régime d’Andry Rajoelina, le colonel Michaël Randrianirina, devenu président de la Refondation et occupant désormais les plus hautes responsabilités à Madagascar, ne se contente plus d’administrer la transition. Petit à petit, il installe ses hommes, élargit ses soutiens et pose les jalons de ce qui pourrait constituer son avenir politique.
La séquence avait débuté le 25 septembre 2025, avec une mobilisation portée notamment par la jeunesse malgache contre les coupures d’eau et d’électricité, le coût de la vie et, plus largement, les conditions de gouvernance du pays. Le basculement du CAPSAT aux côtés des manifestants, sous l’impulsion de Michaël Randrianirina, avait précipité la chute d’Andry Rajoelina et son départ du pays. Le nouveau pouvoir s’est alors engagé dans une transition pouvant aller jusqu’à deux ans.

À son arrivée au pouvoir, le colonel Randrianirina avait confié la primature à Herintsalama Rajaonarivelo, nommé Premier ministre le 20 octobre 2025. Mais cette première architecture gouvernementale n’a pas résisté aux tensions locales jusqu’à évoquer une erreur de casting à l’endroit de l’éphémère locataire du palais de Mahazoarivo. En effet le gouvernement a été dissous en mars 2026 et Mamitiana Rajaonarison, ancien responsable du SAMIFIN, est nommé Premier ministre le 15 mars.

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Depuis, le président de la Refondation paraît poursuivre une stratégie simple : préserver autant que possible la paix sociale pour se donner du temps politique. Il y a une conscience au sein de l’équipe dirigeante actuelle que le pays est en proie à une fragilité notoire et qu’il faille agir avec prudence pour maintenir l’espoir d’un maintien au pouvoir post transition.
Le régime n’a pas lésiné sur les moyens en accordant une revalorisation moyenne de 14 % des salaires des fonctionnaires en 2026, une mesure destinée à soutenir leur pouvoir d’achat. Une indemnité de 200 000 ariary correspondant au logement leur a été octroyée en complément. Cette volonté farouche de soutenir les corps institutionnels s’est généralisée aux personnels de santé bénéficiant de prime de risque ou encore les enseignants qui ont obtenu une revalorisation de leurs indemnités. Cette politique oscille entre apaisement social pour les plus optimistes et clientélisme pour les pourfendeurs du régime. Les étudiants n’ont pas été épargnés puisque leurs bourses ont été revalorisées de 20%. Enfin l’une des mesures phares dont s’est emparé Michaêl Randrianirina demeure le mécanisme de régulation et de lissage des prix du carburant qui a été déployé depuis le début de cette année. Face aux variations des cours internationaux, à l’inflation et au coût de l’énergie, la transition a œuvré pour maintenir un prix stable en dépit des recommandations du FMI pour s’immuniser de toute éventuelle crise sociale. L’objectif politique reste néanmoins lisible : éviter qu’une nouvelle flambée sociale ne reproduise le scénario qui a renversé le précédent pouvoir.

L’ex-majorité de Rajoelina change de camp

Pour Michaël Randrianirina, une véritable éclaircie est venue du Parlement. Le 10 août 2026, 80 députés, parmi lesquels des élus issus de l’ancienne coalition IRMAR d’Andry Rajoelina, ont annoncé la création d’une nouvelle plateforme baptisée VFM et apporté leur soutien au pouvoir de la Refondation. Ce ralliement constitue un tournant puisque les députés endossaient un rôle d’opposition jusqu’à présent. Pour le président de la refondation, c’est à la fois une assurance supplémentaire pour la continuité de la transition et le début potentiel de la constitution d’une véritable base susceptible de nourrir son ambition politique.

L’inconnue Mamy Ravatomanga

Si le paysage politique semble désormais s’ouvrir devant le colonel, une embûche de taille demeure : Mamy Ravatomanga.
L’homme d’affaires fut pendant des années l’une des personnalités les plus puissantes de l’écosystème économique et politique malgache et un proche d’Andry Rajoelina. Son influence était telle que certains observateurs le présentaient comme une forme de pouvoir parallèle autour de l’ancien président. A ce jour, sa libération n’est cependant pas encore acquise. Une audience concernant une possible remise en liberté sous caution à Maurice est annoncée pour les 17 et 18 août. Si cette libération devait intervenir, ses conséquences dépasseraient probablement le seul cadre judiciaire.
La question sera de savoir quelle attitude adoptera un homme qui a longtemps disposé d’importants relais économiques et politiques à Madagascar. Cherchera-t-il simplement à protéger ses intérêts ? Tentera-t-il de reconstituer ses réseaux ? Ou ceux-ci pourront-ils devenir un foyer d’opposition, voire de déstabilisation, face au pouvoir de la Refondation ?
L’évolution de cette affaire sera donc à surveiller de très près, tout comme le devenir judiciaire et politique de l’ancien président Andry Rajoelina.
Une chose apparaît désormais clairement : Michaël Randrianirina place ses billes. La création de la plateforme VFM lui offre désormais une première architecture susceptible de dépasser la seule période de transition. Officiellement, l’heure reste à la Refondation. Dans les faits, la bataille pour l’après a déjà commencé. Et à Madagascar, le président de la Refondation donne de plus en plus l’impression d’être un président déjà en campagne.

A propos de l'auteur

Gregory SILENY

CO-FONDATEUR & REDACTEUR EN CHEF
Spécialisé dans la communication et l'analyse politique. Il intervient notamment sur les médias spécialisés sur l'Afrique.
gregory.sileny@madagascar-media.com

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