Géopolitique des vaccins

À Madagascar, le président Andry Rajoelina a pris une décision audacieuse en refusant d’inscrire la Grande île au programme Covax Facility. Un dispositif qui garantit aux pays à faible revenu de bénéficier des vaccins. Par cette prise de position, non seulement Madagascar entrevoit une autre voie pour les pays du sud et évite de subir un avenir sombre promis à ces derniers.

Il y a quelques semaines, nombreux observateurs ont décrié la position de Madagascar qui consiste à refuser de faire vacciner sa population. Les autorités malagsy persistent à accorder leurs confiances à l’Institut Malgache de Recherche Appliquée (IMRA) en ayant recours à la solution Tambavy Covid Organics. Alors que Madagascar s’est épargné une lutte parmi les pays demandeurs de vaccins dans laquelle elle aurait eu peu de chance d’émerger favorablement ; au sein de la communauté internationale, les positions des États se dessinent également puisqu’une géopolitique est en train de prendre forme.

5 acteurs principaux se partagent le gâteau issu de la solution vaccinale où une lutte de tous les instants se jouent. Parmi les mastodontes des laboratoires pharmaceutiques, vient en qualité de leader le groupe pharmaceutique Astrazeneca qui est issu d’un groupement suédo-britannique. Le laboratoire a vendu plus de 2 milliards de doses à la mi-décembre. Se mêlent à la course également Novavax qui arrive en seconde position et suit le géant Américain Pfizer associé au laboratoire et la start-up allemande Biontech. A la lecture des commandes, il est à noter que les pays occidentaux présentent des similitudes dans leurs solutions vaccinales en privilégiant les laboratoires occidentaux.

À titre d’exemple, les premières commandes de Pfizer Biontech se situaient au Royaume-Uni aux États-Unis, au Canada mais aussi en Arabie Saoudite, en Inde, en Allemagne et en France qui ont dû attendre une validation de l’Union Européenne avant de pouvoir passer commande. Moderna, une société de biotechnologie qui nous vient tout droit des États-Unis, parvient également à tirer son épingle du jeu en appartenant à la liste exhaustive des acteurs ayant vendu leurs doses ; notamment à la population française.  

Un marché vaccinal entretenu par les alliances bilatérales

Les Russes et les Chinois ont exprimé très tôt leurs désirs de peser sur le marché des vaccins. À l’image de la Russie qui entretient ses relations commerciales principalement avec des pays proches du Kremlin puisque l’Ouzbékistan, le Kazakhstan et des pays africains comme l’Égypte. Ils ont tous fait appel à la solution Spoutnik V.   On estime à 57 pays, le nombre d’États signataires de contrats commerciaux avec le Géant Russe. Ainsi, 147 millions de vaccins commandés à la Russie en décembre 2020 alors que le groupe chinois Sinovac, autre concurrent important, a lui bénéficié de 291 millions de commandes de ses vaccins. La solution chinoise se présente comme une alternative sérieuse pour des pays qui ne peuvent pas se tourner vers les leaders du marché eu égard au nombre de doses considérables et nécessaires pour immuniser une population entière à l’intérieur d’un pays, ce fut le cas du Brésil et de l’Indonésie. Puis la Chine est une solution dans un climat diplomatique tendu pour certains pays comme c’est le cas pour la Turquie de Receyp Erdogan en froid avec l’Union Européenne ou encore l’Ukraine pris en étau entre le voisin Russe et l’allié Américain.

Si cette course effrénée à gagner des marchés occupe l’intérêt des laboratoires où les pays riches sont les grands acheteurs et bénéficiaires, les pays à faible revenus ou revenus intermédiaire ne pourront lancer leur campagne de vaccination pas avant 2023 en raison des précommandes et des doses accaparés par les pays riches. Un pays comme l’Algérie, qui demeure un pays avancé en comparaison avec les autres pays membre de l’U.A doit attendre 2 ans entre la réception des premières commandes et l’opérationnalité d’une vaccination massive.

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