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Politique intérieure

Pourquoi la corruption persiste à Madagascar ?

Focus

La lutte contre la corruption est un sujet vaste, toujours bien située dans les discours des dirigeants africains mais trop souvent reléguée au second plan dans les actions de l’exécutif. La corruption est viscérale, ancrée chez l’homme politique, indépendamment de sa zone géographique. La professionnalisation de la politique[1] a nourri un complexe parmi l’élite politique en comparaison avec son pendant, l’élite économique où les rémunérations extravagantes sont jugées normales. Jamais en Occident un Nicolas Sarkozy[2] n’atteindra la rémunération d’un Carlos Ghosn[3], certains y voient une forme d’injustice. La politique a toujours prôné une décence dans la reconnaissance monétaire pour service rendu à la nation. Ce désir de plafonner les revenus des politiques trouve racine dans la démocratie antique ce qui a suscité des frustrations plus de 2000 ans après. Les affaires Elf[4], d’un autre temps, les scandales à la Clearstream ou plus récemment les Panama Papers, ou encore les histoires de « rétro-commissions » dans l’affaire Karachi, enfin, la porosité entre le secteur privé et la politique comme le complexe militaro-industriel aux Etats-Unis sous Georges W Bush – les 70 premières compagnies, ayant bénéficié des parts de marché dans la reconstruction de l’Irak post-Saddam Hussein, avaient contribué à hauteur de 500 000 dollars aux campagnes électorales du même Président Bush – ont influencé de près ou de loin à la libéralisation des comportements corruptibles, en Afrique, depuis les indépendances. Frantz Fanon explique bien les comportements mimétiques[5] des africains colonisés qui n’ont voulu que reproduire toutes les envies consuméristes des colons, durant un demi-siècle.


L’exemplarité commence trop souvent par « la chasse à l’opposition »

Véritable instrument politique de la Présidence, la lutte contre la corruption est une chasse aux sorcières, qui trouve son bonheur parmi les opposants politiques en Afrique. Lorsque des hommes tombent, ils sont rarement proches du pouvoir en exercice. La Chine a lancé une vaste opération anti-corruption par le biais de Xi Jinping mais les observateurs ont dénoncé une chasse à l’opposition, atténuant le volontarisme néanmoins exemplaire du Président chinois. Un autre pays à la démographie galopante s’est lancé sur le sujet, il s’agit du Nigeria de Mahamadou Buhari lors de son premier mandat, en faisant de la lutte contre la corruption, une priorité du pouvoir. Si un léger mieux a été relevé du côté de la NPC la société nationale pétrolière nigériane, le résultat demeure décevant puisque la première économie d’Afrique occupe le triste 146ème rang mondial et seuls les dignitaires de l’ancien régime sont visés.  

Un inconditionnel pour réussir

Madagascar occupe le 152ème rang sur 192 pays dans le classement 2019 selon Transparency International Initiative Madagascar –TI-IM). Il y aurait un recul d’une place en comparaison avec l’année précédente mais une pondération s’impose puisque le TI-IM prend en compte dans sa perception, des éléments liés à la campagne électorale 2018 comme la délivrance et la communication des comptes de campagne. C’est un secret de polichinelle, le TI-IM a aussi montré une relative aversion envers Andry Rajoelina. Toutefois, nier le fait qu’il y ait une corrélation entre la diminution de la corruption et le développement croissant d’un pays serait une grave erreur. Parmi les pays africains qui occupent les meilleurs places au sein du continent et font bonne figure au niveau mondial, se positionnent en haut les Seychelles (27ème  sur 192 pays), rien d’étonnant puisqu’il s’agit de l’une des économies les plus fortes du continent en ayant un Indicateur de développement humain et un Produit Intérieur Brut (PIB)/habitants élevés. Suivent ensuite le Botswana (34) , le Cap-Vert (41) et le Rwanda (51) d’autres exemples de pays où la bonne santé économique leur est souvent accréditée dont 7 et 9 % de croissance pour les deux derniers pays cités. Le Botswana peut se targuer, quant à lui, d’être un pays à revenu intermédiaire et envisage de devenir en cette année 2020 un pays à revenu élevé avec 6.1% de croissance visé. La corruption doit pour toutes ces raisons diminuer considérablement avec une prise de conscience collective. À commencer par l’exemplarité de nos dirigeants, celle-ci doit se concrétiser par plus de transparence et à propager une éthique politique. Nous autres membres de la Diaspora, ne faisons pas jouer les avantages d’un pouvoir d’achat et d’une monnaie forte comme l’Euro lors de nos passages au pays et échapper à toutes formes d’obligations juridiques et administratives. Nos familles doivent aussi changer leurs comportements quotidiens en éduquant leurs enfants dans cette lutte quotidienne pour que la population puisse voir de leurs propres yeux un changement collectif et de la nation.

Gregory SILENY, Editorialiste.

[1] Les hommes ne deviennent plus au service des intérêts de la population mais construisent des carrières dans les fonctions inhérentes à la Politique

[2] En 2008, Le Point lui avait attribué cette phrase concernant sa présidence et ce qui suivrait :« Je fais ça pendant cinq ans et ensuite, je pars faire du fric, comme Clinton. 150.000 euros la conférence! » 

[3] En 2016, le PDG de Renault a perçu une rémunération de 2 698 022 € annuel, faisant de lui la 19ème fortune parmi les 131 dirigeants les mieux paysés de France

[4]  l’« affaire Elf » est un vaste scandale et longue affaire politico-financière qui a éclaté en 1994, sur des détournements totalisant 504 millions $, à la suite d’une enquête de la Commission des opérations de bourse… Cette affaire est considérée comme « le plus gros scandale politico-financier et de détournements de fonds dans une démocratie occidentale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », tiré de Wikipedia.

[5]  il finit par mépriser sa culture, sa langue, son peuple, il ne veut plus alors qu’imiter, ressembler au colonisateur. »


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