Iles Éparses : un silence qui en dit long ?

Macron enterre-t-il prématurément les négociations sur les îles Malgaches de l’Océan Indien ?

Les promesses ne concernent que ceux qui les croient disait Jacques Chirac. De la même façon Macron enterre prématurément les négociations sur les îles Malgaches de l’Océan Indien, en parlant sans équivoque, de la création d’une réserve naturelle Française sur les îles Éparses alors que les négociations sont en cours. Aucun membre de la classe politique Malgache n’a condamné ses propos. Au point de penser que ce silence en dit long sur l’issue des négociations à venir. La parole pèse davantage que les actes, en s’imposant, Macron décrit sa politique : dire c’est faire.  Après : « ici, c’est la France, c’est notre fierté, notre richesse » alors qu’il se trouvait en terre Malgache le 23 octobre 2019, ses mots sont offensifs, encore une fois. Vraisemblablement, la France est entrée dans le combat politique des îles Éparses, et la stratégie de la meilleure défense c’est l’attaque, n’est pas creuse. Il impose d’une manière déconcertante les termes du débat et des négociations sur les îles Éparses à venir. Aussi, les mots sont utilisés comme un instrument politique. On assiste à une stratégie délibérément réfléchie, Macron a une conscience très forte des enjeux politique derrière ses mots. Une manière à la fois de maintenir la pression, une stratégie française qui consiste à montrer qu’elle agit, elle fait, elle crée les réserves, elle arrête les forages et parallèlement elle aide, elle protège, elle assiste, elle donne de l’argent, beaucoup d’argent sous forme de dons et de prêts.  Les propos de Macron ne font pas le jeu des négociations qui seraient de donner la souveraineté aux malgaches et réfléchir ensemble à un projet commun, vers l’aboutissement d’une éventuelle cogestion et de partage. Les annonces de Macron s’inscrivent dans une histoire de prise de position d’une nation, non pas dans une relation d’égal à égal, mais d’un supérieur à un subordonné, d’un donneur à un assisté. Ça peut avoir pour conséquence de créer des tensions sociales, politiques et culturelles, mais aussi d’initier une vraie prise de conscience pour les Malgaches, car le silence n’est pas d’or dans pareille situation.

Une attitude autoritaire

C’est qui en en train de se mettre en place derrière le discours de Macron, c’est le symptôme d’une relation détraquée des deux pays, encore une fois, cette relation que la France se crée est biaisée et donne l’image d’une idéologie colonisatrice d’un autre temps pour les Malgaches. Les éléments de langage de Macron sont très lisses et non-filtrés. Le silence des politiques Malgaches est criant, bruyant. Tout discours politique a été éclipsé par l’aide financière apportée par Jean-Yves Le Drian (Ministre des Affaires Étrangères France) au lendemain du discours de Macron. Une manière habile pour éteindre les tensions politiques. Cette visite express a complètement occulté les questions sur les îles Malgaches de l’Océan Indien. Mais il faut dire qu’on a là un problème d’attitude, pour de nombreux malgaches, La France prend un tournant autoritaire sur les négociations sur îles Éparses. Comment les Malgaches ressentent-ils ces annonces ? Ces aides ? Manifestement, elles trouvent et trouveront leur écho dans la population malgache pour qui la réalité leur devient confuse. Derrière cette prise de position, on assiste à une réalité qui n’est pas comprise par les malgaches. Comment reprendre les négociations après ces nouvelles annonces ? Est-ce qu’il y a un combat linguistique politique à mener ? L’obsession Française de garder les îles Malgaches de l’Océan Indien ne fait que renforcer la suspicion de l’opinion malgache, la méfiance vis-à-vis d’une relation France-Afrique modernisée. Assistons-nous à une grande mascarade ? Nos politiques ont-ils lâché l’affaire des îles Éparses ? Pourtant, on ne peut pas continuer comme cela. La situation est inédite car elle pose définitivement le problème de la souveraineté pour les Malagasy, c’est une question d’indépendance à parachever. Madagascar doit prendre le lead des négociations.

Fabien RAZAKANDRAINIBE, Editorialiste.

©Crédit photo

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