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L’Appel de Metz : la paix peut-elle encore être un projet commun ?

L’Appel de Metz : la paix peut-elle encore être un projet commun ?

Dans un monde traversé par les guerres, les fractures sociales et la peur de l’autre, six responsables religieux réunis à Metz ont choisi de porter ensemble un appel en faveur de la paix. Leur déclaration du 28 septembre 2026, prononcée en présence du pape Léon XIV, pose une question qui dépasse le cadre religieux : comment continuer à construire un avenir commun lorsque les divisions occupent une place croissante dans nos sociétés ? Une réflexion qui trouve également un écho à Madagascar.

Il faut sans doute une certaine obstination pour parler de paix aujourd’hui. Les guerres s’installent dans la durée, de nouveaux foyers de tension apparaissent et les sociétés connaissent des fractures qui dépassent largement les frontières des conflits armés. Les discours de rejet trouvent de nouveaux espaces pour circuler et la violence finit par occuper une telle place dans notre quotidien qu’elle risque progressivement de devenir familière. C’est dans ce contexte que six responsables de culte en France se sont retrouvés à Metz, le 28 septembre 2026, en présence du pape Léon XIV. Catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, musulmans et bouddhistes ont choisi de porter ensemble un appel en faveur de la paix. Le choix de Metz donne à leur démarche une résonance particulière. La Lorraine conserve dans son histoire la mémoire des guerres, des frontières déplacées et des déchirures européennes. Quarante ans après la rencontre interreligieuse d’Assise de 1986 consacrée à la paix, leur déclaration intervient dans un monde différent, confronté pourtant à cette même difficulté de vivre avec l’autre sans faire de sa différence une menace.
Les signataires évoquent les violences, les inégalités, les discriminations et les bouleversements qui traversent les sociétés contemporaines. Leur texte ne cherche pas à apporter des réponses diplomatiques aux conflits en cours. Il s’intéresse davantage aux conditions qui permettent à la paix d’exister dans la durée. La justice, la dignité humaine, la solidarité et la responsabilité envers les générations futures occupent ainsi une place importante dans leur déclaration. Cette conception replace la paix au cœur de la société et lui donne une portée qui dépasse la cessation des combats. Une société peut vivre sans guerre tout en laissant grandir en son sein la défiance, le rejet et des fractures suffisamment profondes pour compromettre sa cohésion. La paix dépend alors aussi de la qualité des relations entre les citoyens et de leur capacité à partager un même espace malgré leurs différences.

Apprendre à vivre avec l’autre

L’éducation occupe une place importante dans l’Appel de Metz. Les familles, les écoles, les communautés religieuses et les différents espaces de socialisation participent à la manière dont chacun apprend à considérer celui qui ne lui ressemble pas. Le rapport à la différence se construit tôt, bien avant que les tensions ne deviennent visibles dans l’espace public. Apprendre à écouter une conviction différente, comprendre une autre tradition ou accepter le désaccord sans transformer l’autre en adversaire participe déjà à une culture de paix. Cette responsabilité devient plus importante dans un environnement où les réseaux sociaux accélèrent la circulation des préjugés et des discours de rejet. Une parole de haine peut désormais atteindre des milliers de personnes en quelques minutes et conforter des communautés entières dans une représentation déformée de l’autre. Les espaces numériques peuvent également enfermer chacun dans des univers où il rencontre principalement ceux qui pensent comme lui. Dans ces conditions, préserver le dialogue devient un apprentissage collectif qui concerne l’école autant que la famille, les religions ou la société civile.
Les signataires abordent aussi directement la responsabilité des religions et refusent que la foi puisse servir à légitimer la haine ou la violence. Cette prise de position engage les communautés religieuses dans la manière dont elles parlent les unes des autres et dans leur capacité à empêcher que les convictions spirituelles deviennent des instruments de confrontation. L’Appel invite également chacun à regarder ce qui nourrit en lui la peur ou le rejet. Cette dimension intérieure de la paix mérite d’être entendue, car les fractures collectives se nourrissent aussi des représentations que nous entretenons les uns des autres et des blessures que les sociétés transmettent parfois d’une génération à l’autre. Les peuples ont une mémoire qui leur permet de comprendre leur histoire et de préserver leur identité. Cette mémoire peut aussi entretenir des ressentiments lorsqu’elle reste enfermée dans les blessures du passé. La réconciliation demande alors de pouvoir regarder l’histoire avec suffisamment de lucidité pour reconnaître les blessures et laisser aux générations suivantes la possibilité de construire d’autres relations.

Ce que l’Appel de Metz peut nous dire à Madagascar

Madagascar n’est pas confronté aux mêmes réalités que les territoires aujourd’hui ravagés par la guerre. L’Appel de Metz peut néanmoins nourrir notre réflexion sur la cohésion de notre propre société. Les inégalités sociales et territoriales restent importantes, les difficultés économiques pèsent sur une grande partie de la population et la relation avec les institutions est marquée par la défiance chez certains citoyens. Les périodes de tension politique montrent également combien les frustrations accumulées peuvent rapidement s’exprimer dans l’espace public. La paix sociale demande dans ce contexte une attention permanente aux conditions dans lesquelles les citoyens vivent ensemble et à la perception qu’ils ont de leur place dans la société.
Notre culture possède avec le fihavanana une notion qui parle directement de cette relation à l’autre. Elle est souvent associée à la solidarité, aux liens entre les personnes et à la cohésion de la communauté. Sa portée dépend toutefois de sa traduction dans la réalité quotidienne. Le sentiment d’appartenir à une même communauté devient difficile à préserver lorsque certains citoyens se sentent durablement exclus des opportunités ou lorsqu’ils considèrent que les règles ne s’appliquent pas de la même manière à tous. L’Appel de Metz associe la paix à la justice et à la dignité humaine, et cette relation peut trouver à Madagascar une traduction très concrète. Une école capable d’offrir des perspectives à un enfant issu d’une famille pauvre participe à la cohésion nationale. Une administration qui traite les citoyens avec équité renforce leur confiance dans l’État. La possibilité de vivre dignement de son travail et de bénéficier de règles communes compréhensibles contribue elle aussi à la stabilité de la société. Le fihavanana peut ainsi conserver toute sa profondeur lorsqu’il s’incarne dans la manière dont nous organisons notre vie collective.

L’espérance comme responsabilité

L’Appel de Metz utilise l’expression « boussole d’espérance ». L’espérance dont il est question n’efface pas la réalité des guerres ou des injustices. Elle permet de conserver une direction lorsque l’accumulation des crises pourrait conduire à la résignation. Cette idée trouve un écho particulier à Madagascar, où des décennies de pauvreté, de crises politiques et de difficultés économiques peuvent installer le découragement. Lorsque les mêmes problèmes persistent et que les améliorations tardent à apparaître, la confiance dans la possibilité du changement finit elle-même par s’éroder. Une société a pourtant besoin de pouvoir se projeter dans l’avenir et de considérer que l’effort accompli aujourd’hui peut améliorer la vie de la génération suivante. Lorsque cette perspective disparaît, le projet commun s’affaiblit et chacun peut être tenté de chercher sa propre voie en dehors de lui.
Les responsables religieux réunis à Metz donnent à cette espérance une traduction concrète en prenant des engagements concernant la poursuite du dialogue, la connaissance mutuelle auprès des jeunes et leur action commune en faveur de la justice et de la paix. Cette démarche peut également interpeller Madagascar, où les Églises et les communautés religieuses occupent depuis longtemps une place importante dans l’éducation, la santé, l’action sociale et la vie publique. Leur influence leur confère une responsabilité dans la préservation du dialogue et de la cohésion nationale. La coexistence de convictions différentes au sein d’un même espace offre aussi une expérience utile à l’ensemble de la société : le désaccord et la différence n’empêchent pas de travailler ensemble lorsqu’existe une compréhension commune du bien collectif.
Les signataires de Metz écrivent qu’« aucune paix durable ne se construit sans l’autre, ni contre lui ». Cette phrase dépasse le cadre religieux dans lequel elle a été formulée. Nos sociétés continueront d’être traversées par des différences politiques, sociales, culturelles et spirituelles. Ces différences appartiennent à la vie collective et nous obligent à trouver les conditions permettant de continuer à vivre ensemble. À Madagascar, cette réflexion rejoint la question du fihavanana, de la justice et de la confiance dans un avenir partagé. Elle rappelle aussi que la cohésion d’un pays dépend de ce que chacun peut reconnaître de lui-même dans le projet commun.
L’Appel de Metz intervient dans une période où les raisons de douter de la paix sont nombreuses. Son intérêt réside précisément dans le choix de continuer à la considérer comme une responsabilité humaine et collective. L’espérance prend alors la forme d’une volonté de préserver le dialogue, de réparer les fractures et de maintenir un espace commun lorsque les circonstances favorisent la division. Pour Madagascar comme pour d’autres sociétés confrontées à leurs propres fragilités, la paix restera liée à cette capacité de faire société avec nos différences et de donner à chacun une place dans l’avenir commun.
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