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Madagascar 2026 : une année décisive ? (1ère partie)

Madagascar 2026 : une année décisive ? (1ère partie)
Depuis le début de cette année 2026, le régime hybride (militaro-civil) qui s’est installé au pouvoir à Madagascar, à l’issue d’un mouvement populaire mené par la GEN-Z à travers toute l’île qui a chassé les pourvoyeurs d’un système de corruption active pour l’appauvrissement sans fins du pays et de son peuple, a dû entamer de multiplies séquences diplomatiques, et prendre de décisions radicales, eu égard au climat interne marqué par une division nette des opinions, entre l’espoir d’une reconnaissance internationale et la crainte d’une « confiscation » du mouvement populaire de 2025.

L’idée de cette réflexion repose sur une synthèse de ces évènements accélérés afin de brosser le portrait d’un Madagascar à la croisée des chemins où le colonel Randrianirina, à la tête de la Refondation du pays, tente de mener un exercice d’équilibrisme diplomatique et économique sans précédent (I), et de maintenir le cap dicté par la politique interne et propre au pays (II).

I. Sur le plan diplomatique et la politique étrangère

D’abord, les passages des émissaires de l’administration américaine en janvier et février 2026, bien que ce soit différent l’un de l’autre, marque la position officielle des Etats-Unis, laquelle reste prudente face au changement de régime non constitutionnel de fin 2025, mais qui privilégie pour l’instant la coopération technique tel le domaine de la santé et la sécurité maritime ainsi que le dialogue humanitaire plutôt qu’un soutien politique total.

L’illustration de cette coopération a été réalisée par la signature d’un protocole d’accord portant sur un investissement de 175 millions de dollars américains, via l’USAID, dont l’objectif principal est de soutenir le système de santé malagasy sur une période de cinq ans afin d’améliorer l’accès aux soins de bases pour les populations les plus vulnérables, tels la santé maternelle et infantile, la planification familiale, la lutte contre les maladies, la nutrition et l’eau ainsi que l’hygiène et l’assainissement afin de prévenir les maladies hydriques.

1) La diplomatie de « l’Equilibre tendu »

La rupture avec la diplomatie traditionnelle semblerait être consommée. Madagascar enclenche le jeu simultané des différents axes où Il peut en être observé trois pour le moment.

Dans un premier temps, l’axe Washington qui assurerait la survie de l’industrie textile (AGOA) et la lutte contre la corruption.

Vient ensuite l’axe Moscou où serait assuré le soutien sécuritaire, militaire et la fourniture d’engrais.

Enfin, l’axe BRICS qui ouvrirait l’accès à la Nouvelle Banque de Développement (NBD) tout en cherchant une alternative aux exigences structurelles du FMI.

Il est à noter qu’après la bénédiction de l’Afrique du Sud, le passage au statut de « Pays Partenaire » des BRICS en janvier 2026, pour Madagascar, marque la volonté de devenir un acteur du Sud Global s’éloignant de la tutelle historique de la France. Une participation au sommet des BRICS prévu au mois de juin 2026, en Inde, préparerait alors Madagascar au statut de membre de plein droit.

2) Le nouveau champ de bataille : « le secteur minier »

Actuellement, ce régime utilise les ressources naturelles comme monnaie d’échange pour sa légitimité internationale. A ce titre, l’annonce faite le 15 janvier 2026 sur l’application du nouveau Code Minier accompagnant la Loi sur les Grands Investissements Miniers (LGIM) créerait un nouveau paradigme.
A noter que selon les projets, les opérateurs et les ressources, l’enjeu 2026 serait décisif.

Par exemple, pour QMM de Rio Tinto concernant l’exploitation de l’Ilménite, il serait prévu à propos des bénéfices un transfert de parts au Fonds Souverain (FSM). Pour Ambatovy concernant le Nickel et le Cobalt, l’enjeu serait de redéfinir l’exploitation comme « Minéral Stratégique ». Quant à Base Toliara exploité par Energy Fuels spécialisé dans les Sables minéralisés, il y aurait lieu de faire une relance sous pavillon USA/Canada. Enfin, en ce qui concerne le Chrome exploité par l’Etat Malagasy (Kraoma), il serait prévu de rechercher un partenariat pour la modernisation.

Il est à noter également la transition vers les minéraux critiques où Madagascar envierait de devenir un maillon de la sécurité américaine. A travers l’extraction des Terres rares et le Nickel, le pays se positionne comme une alternative à la Chine pour l’approvisionnement des industries de haute technologie et des batteries électriques.

En échange de l’ouverture de ces gisements, le régime exige des investissements dans les infrastructures lourdes tels des routes et les ports plutôt que de simples redevances.

Vient enfin le « gage » donné à Washington sur la numérisation et la transparence. Le régime a mis en avant deux outils concrets afin de lever les réserves des législateurs américains, notamment ceux qui gèrent l’AGOA : d’abord, par la mise en place d’une plateforme de télédéclaration : « le cadastre minier numérique » qui limiterait les pots-de-vin lors de l’octroi des permis ; ensuite, à travers l’EITI 2026 où le gouvernement s’est engagé à publier un rapport de transparence exhaustif d’ici la fin de l’année, incluant l’identité des « bénéficiaires effectifs » ou les vrais propriétaires des mines qui répondrait à une demande forte de la société civile et de Washington.

Si la séquence diplomatique marque un tournant pour le régime de transition en affichant un objectif clair qui est de briser l’isolement international né du coup d’État d’octobre 2025 tout en renégociant la souveraineté économique de Madagascar, elle n’est pas loin de risques de sanctions indirectes, dans un premier temps, de la part des partenaires occidentaux tels la France et/ou l’Allemagne.

Dans un second temps, les États-Unis pourraient suspendre l’accès préférentiel à l’AGOA si la dérive autoritaire ou l’alignement pro-russe est jugé excessif.

Finalement, en ce qui concerne le bailleur traditionnel, le FMI : une pause prolongée des financements pourrait étouffer l’économie avant que les fonds des BRICS ne soient réellement disponibles.

Historiquement, Madagascar a prôné sur le plan diplomatique le « non alignement ». Les conséquences géopolitiques et diplomatiques résident sur le rééquilibrage des forces où le pays gagnerait un poids diplomatique plus important sur la scène internationale en s’alignant sur des puissances émergentes. Pour autant, des tensions palpables avec les partenaires traditionnels affecteraient l’adhésion aux BRICS.

Alors, la perspective de cette adhésion impose de nouvelles contraintes où l’asymétrie commerciale risque de réduire Madagascar à un simple fournisseur de matières premières : Vanille, nickel, terres rares pour les géants des BRICS sans une réelle industrialisation locale.

Quant à la stabilité politique, les crises cycliques à Madagascar pourraient freiner l’enthousiasme des investisseurs du bloc.

Lalaina RASOLONIRINA

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