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Nouveau gouvernement à Madagascar : la refondation dans un monde en recomposition

Nouveau gouvernement à Madagascar : la refondation dans un monde en recomposition
Le monde change. L’Afrique change. Les équilibres internationaux se transforment. Les rapports de puissance évoluent. Les alliances se redessinent. Et dans cette nouvelle géographie du monde, l’Afrique est en train de devenir un espace stratégique majeur du XXIe siècle. Et Madagascar, aujourd’hui, entre dans une période charnière de son histoire. La Grande Île traverse une recomposition profonde, à la fois politique, institutionnelle et historique. On parle de refondation. Mais cette refondation n’est pas seulement politique, elle doit être structurelle. Elle doit être repensée dans une nouvelle dynamique de réflexion et de renouvellement des relations entre le monde et Madagascar, dans un monde en recomposition.
Le 25 mars, à quelques jours du 29 mars, une date très importante à Madagascar car elle commémore l’insurrection de 1947, lorsque les Malgaches se sont révoltés contre la colonisation française pour lutter pour leur indépendance, un nouveau gouvernement est mis en place dans un contexte de transition politique. Ce nouveau gouvernement veut incarner une nouvelle forme de lutte contre la corruption, avec la promesse d’une nouvelle Constitution et la perspective d’une élection présidentielle en 2027. C’est certainement le début d’une nouvelle séquence historique pour le pays.
Mais l’histoire nous enseigne une chose fondamentale : les changements politiques ne produisent des effets durables que lorsqu’ils s’accompagnent de transformations économiques, institutionnelles et éducatives profondes. Un pays ne se développe pas uniquement avec des élections ou avec un nouveau gouvernement. Un pays se développe avec des institutions solides, une administration efficace, une vision économique claire et une élite capable de penser le long terme.

La vraie refondation d’un pays n’est pas seulement institutionnelle. Elle est aussi intellectuelle, économique et morale.

Il est temps d’admettre que le vrai problème de Madagascar n’est pas seulement la pauvreté, c’est l’absence de vision collective. Depuis plus de 60 ans, Madagascar cherche son modèle de développement sans réellement le trouver. Nous avons essayé l’étatisation, la libéralisation, l’aide internationale, les projets de développement, les zones franches, les mines, le tourisme. Mais nous n’avons jamais réellement défini collectivement ce que devait être l’économie malgache dans la mondialisation. Or, un pays ne se développe pas par hasard. Un pays se développe parce qu’il décide de se développer. La question centrale pour Madagascar aujourd’hui n’est pas seulement : qui gouverne ? La vraie question est : pour faire quoi ? Pour aller où ? Avec quelle stratégie ?
Madagascar peut devenir un pays stratégique, mais à condition de le décider. Ce n’est pas un petit pays. C’est une grande île au cœur de l’océan Indien, au carrefour de l’Afrique, de l’Asie et du Moyen-Orient. Madagascar possède des terres agricoles, une biodiversité unique au monde, des ressources minières, une jeunesse nombreuse, une culture forte et une position géographique stratégique. Mais dans le monde, le potentiel ne suffit pas. Seule la stratégie transforme le potentiel en puissance.
Si Madagascar veut réellement se développer, quelques priorités doivent structurer l’action publique : nourrir la population et exporter (agriculture), produire de l’énergie (électricité), former la jeunesse (éducation), relier le territoire (infrastructures) et utiliser l’océan Indien comme espace économique et géopolitique.
Mais il ne faut pas se tromper : le développement n’est pas une liste de projets. C’est une vision cohérente. Le véritable défi pour ce nouveau gouvernement et pour le pays dans les années à venir sera donc de construire un nouveau contrat social entre l’État, la jeunesse, les élites économiques et la société civile. Car aucun pays ne peut se développer durablement si la majorité de sa population a le sentiment de ne pas avoir d’avenir.
Nous sommes peut-être à un moment que les historiens appelleront plus tard un moment de bascule. Un moment où le pays peut soit continuer à subir l’histoire, soit décider de la construire. La refondation dont on parle aujourd’hui ne doit pas être seulement un mot politique. Elle doit devenir un projet de société, un projet économique, un projet éducatif et un projet national. Car, au fond, la vraie question pour Madagascar n’est pas seulement de savoir qui doit gouverner. La vraie question est de savoir quel pays nous voulons construire dans 20 ans. Est-ce que nous voulons simplement suivre le mouvement du monde, ou est-ce que nous voulons enfin entrer dans l’histoire en tant qu’acteur de notre propre destin ?

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