Madagascar : la tentation russe

Un nouveau vocabulaire semble désormais imprégner le discours du président de la refondation, Michaël Randrianirina. À l’instar de plusieurs pays africains, notamment dans le Sahel, il s’articule autour de notions telles que la souveraineté nationale et le désir croissant d’intégrer un monde multipolaire — autrement dit, de développer une diplomatie alternative à l’Occident.
Cette nouvelle orientation idéologique, encore à ses débuts à la tête de Madagascar, s’est récemment matérialisée par un déplacement diplomatique du colonel Randrianirina à Moscou, le 19 février, où il a été accueilli en grande pompe. Si cette rencontre a suscité un vif intérêt des deux côtés, elle a surtout retenu l’attention pour une raison symbolique : pour la première fois, une visite officielle à Moscou précédait un déplacement diplomatique à Paris, partenaire historique de Madagascar. Ce choix interroge sur l’évolution de la politique étrangère malgache, qui semble désormais prendre une coloration russe assumée.
Pourquoi une accélération soudaine des relations malgacho-russes ?
En réalité, le rapprochement entre les deux pays ne date pas d’hier. Il s’inscrit dans un processus engagé dès 2015, lorsque la Russie a décidé d’effacer une dette malgache de 89 millions de dollars, transformée ensuite en accord de coopération économique entre les deux États.
La position géostratégique de Madagascar dans l’océan Indien attire depuis longtemps l’attention du Kremlin. Cet intérêt s’est manifesté plus ouvertement lors de l’élection présidentielle de 2018, où six candidats auraient bénéficié de soutiens financiers russes. Ce travail d’influence, mené sur plusieurs années, a débouché la même année sur la signature des premiers accords de coopération militaire sous le premier mandat d’Andry Rajoelina.
Depuis lors, l’influence russe semble s’inscrire progressivement dans la diplomatie malgache. Un épisode révélateur s’est produit en 2022 : Alors ministre des Affaires étrangères, Feu Richard Randriamandrato, triste ministre défunt, fut démis de ses fonctions après avoir voté à l’Assemblée générale de l’ONU en faveur d’une résolution condamnant les annexions russes en Ukraine.
Aujourd’hui, cette relation bilatérale trouve un fervent défenseur en la personne de Siteny Randrainsolonaiko, actuel président de l’Assemblée nationale. L’ancien candidat à la présidentielle s’est récemment entretenu avec Evgueni Primakov afin de préparer l’ouverture d’une « Maison russe » à Madagascar. Cette initiative s’inscrit dans la stratégie d’influence du Kremlin, visant à diffuser sa vision du monde, à transformer les perceptions locales et à faire émerger un nouveau paradigme au sein des élites malgaches comme de la population.
Dans plusieurs pays du Sahel, ces centres culturels et diplomatiques ont accompagné un profond rejet de la France. Leur objectif est clair : Gagner du terrain, non seulement sur le plan culturel et politique, mais aussi dans des secteurs économiques stratégiques tels que l’énergie, le BTP, les transports, la santé ou la sécurité.
Certes, l’ouverture à de nouveaux partenaires internationaux peut apparaître comme une évolution logique dans l’histoire de Madagascar. Mais elle soulève une question essentielle : Vers quel modèle Madagascar souhaite-t-il se diriger en adoptant une diplomatie tous azimuts, et en se rapprochant aussi ostensiblement de la Russie ?
Car au-delà d’une simple coopération bilatérale, ce partenariat pourrait bien entraîner Madagascar sur une trajectoire plus complexe — et peut-être plus risquée — qu’il n’y paraît.
