Madagascar : Concilier aspirations populaires et politiques dans le projet de refondation du pays – Réapprendre à faire Nation

Madagascar entre dans une période décisive de son histoire. Le projet de refondation porté par le Président de la Refondation de la République de Madagascar (PRRM) suscite autant d’attentes que de résistances. Il s’agit désormais de concilier les aspirations populaires d’une jeunesse déterminée, les enjeux politiques d’une opposition revancharde, et la volonté du gouvernement de rebâtir un État plus juste et plus digne. Entre idéal et réalité, un équilibre fragile mais porteur d’espoir s’installe.
L’enjeu d’une collaboration nationale
La réussite du projet de refondation dépend avant tout de la capacité à faire converger les forces du changement. Le PRRM doit transformer cette période d’instabilité politique en mouvement collectif de reconstruction. Mais la tâche est ardue. D’un côté, la Gen Z et la société civile réclament des résultats rapides et concrets. De l’autre, les partisans de l’ancien président, désormais dans l’opposition, exploitent leurs propres échecs d’hier pour discréditer le nouveau régime. Le gouvernement doit donc trouver un juste équilibre : innover sans exclure, réformer sans diviser, agir sans perdre la confiance du peuple. Car la refondation n’est pas un simple programme politique, c’est un acte de foi en l’avenir du pays.
Six grandes priorités pour refonder Madagascar
Le PRRM a défini six priorités majeures, véritables piliers de la refondation nationale :
Énergie, eau et assainissement ; Santé ; Éducation ; Emploi et insertion des jeunes ; Coopération et solidarité nationale ; Gouvernance et transparence. Ces chantiers sont à la fois sociaux, politiques et moraux. Ils répondent aux revendications des citoyens tout en engageant la responsabilité de l’État face à la nation.
Énergie, eau et assainissement ; Santé ; Éducation ; Emploi et insertion des jeunes ; Coopération et solidarité nationale ; Gouvernance et transparence. Ces chantiers sont à la fois sociaux, politiques et moraux. Ils répondent aux revendications des citoyens tout en engageant la responsabilité de l’État face à la nation.
1. Énergie, eau et assainissement : répondre à la dignité humaine
Cette priorité touche au cœur même de la demande populaire. La Gen Z, qui a été à l’origine des manifestations pour la refondation, réclame avant tout une vie digne. L’accès à l’électricité, à l’eau potable et à un environnement sain est perçu comme un droit fondamental, le socle d’une égalité réelle entre citoyens. Mais le retard accumulé est immense. L’État doit agir vite, tout en mobilisant les communes, le secteur privé et les partenaires internationaux. Car face à la lenteur administrative, l’opposition guette et tente de transformer chaque délai en argument politique. Dans ce domaine, l’État doit s’appuyer sur la coopération internationale et les partenariats locaux afin d’assurer une distribution équitable et durable des ressources.
2. Santé : la dignité à reconstruire
Le système de santé malgache, longtemps négligé, est devenu un symbole du mal-être national. Beaucoup de citoyens ne peuvent plus se soigner dignement, faute de moyens. Les hôpitaux manquent de personnel, de matériel, et trop souvent même de médicaments essentiels. La population, appauvrie par des décennies de crise, ne peut plus se soigner dignement. Beaucoup s’automédiquent ou renoncent à l’hôpital à cause du coût prohibitif des traitements.
Restaurer un accès équitable aux soins, c’est restaurer la dignité humaine. Mais c’est aussi redonner confiance dans l’État. La santé publique doit redevenir un pilier de la justice sociale, un espace où le citoyen n’est plus abandonné à lui-même. La santé devient donc un enjeu de justice sociale, mais aussi un symbole politique : la capacité du gouvernement à protéger la vie des citoyens déterminera sa légitimité morale. Pour réussir, l’État doit mobiliser les professionnels de santé, la société civile, les organisations internationales pour rétablir un système solide et inclusif.
3. Éducation : refonder les consciences
L’éducation est la colonne vertébrale de la refondation. C’est à travers elle que le pays pourra former une génération consciente, compétente et patriote. Mais l’éducation malgache, dévalorisée et sous-financée, peine à jouer son rôle d’ascenseur social. Le gouvernement veut y remédier : revalorisation du métier d’enseignant, modernisation des infrastructures, réforme des programmes, et intégration du numérique. Au-delà de la technique, c’est une question de sens : refonder l’éducation, c’est refonder les consciences. L’éducation doit aussi devenir un outil d’unité nationale, en favorisant une culture du débat, de l’esprit critique et du vivre-ensemble, des valeurs que la Gen Z revendique avec force. Dans ce domaine, la coopération entre les acteurs publics, privés et associatifs sera déterminante.
4. Emploi des jeunes : de la frustration à la contribution
Le chômage des jeunes est une bombe à retardement. La Gen Z, connectée et éduquée, refuse désormais la fatalité du chômage ou de l’exil. Elle réclame sa place dans le développement du pays. Créer de l’emploi, c’est donc transformer la frustration en moteur de progrès. L’État doit encourager l’entrepreneuriat, les métiers d’avenir, l’économie numérique et les initiatives locales. Car une jeunesse intégrée à la reconstruction du pays devient la première force de stabilité nationale. Mais au-delà des mesures économiques, il faut répondre à un enjeu plus profond : redonner espoir. Sans perspectives, la jeunesse devient une force de contestation ; avec un horizon, elle devient la colonne vertébrale du changement. C’est là que la convergence entre aspiration populaire et volonté politique peut produire une véritable transformation.
5. Coopération et solidarité : reconstruire ensemble
La refondation ne peut être le projet d’un seul camp. Elle doit s’appuyer sur la coopération de tous : institutions publiques, société civile, secteur privé, diaspora, et opposition constructive. La solidarité nationale doit redevenir un principe d’action et non un slogan. Il faut retisser les liens sociaux, restaurer la confiance, et encourager l’intelligence collective. Le gouvernement doit ici donner l’exemple : ouvrir le dialogue, y compris avec ceux qui ne partagent pas sa vision. La solidarité n’est pas un concept moral, mais une nécessité stratégique. Sans unité, aucune réforme structurelle ne peut tenir. C’est pourquoi il faut instaurer une nouvelle forme de pratique politique, basée sur la concertation, la transparence et la recherche du bien commun. Le PRRM doit ouvrir la voie à cette gouvernance inclusive, sans renier sa volonté de rupture.
6. Concilier le peuple, la jeunesse et la politique
Les impératifs de la refondation sont clairs : produire des résultats tangibles en deux ans. Mais l’urgence ne doit pas étouffer la concertation. Les aspirations de la Gen Z, les revendications de la société civile et les intérêts politiques doivent se rencontrer dans un cadre de gouvernance rénové, basé sur le dialogue et la responsabilité partagée. C’est en unissant ses forces ; et non en les opposant ; que Madagascar pourrait amorcer sa métamorphose réelle. Car une nation ne se construit pas contre son peuple, mais avec lui. Les Gen Z, la société civile, le gouvernement et l’opposition sont à la fois partenaires et contrepoids. L’enjeu est de transformer cette diversité en force d’équilibre démocratique. Un système assaini, transparent et équitable profiterait à tous. Encore faut-il que chaque acteur accepte de dépasser ses intérêts immédiats, ses calculs et ses rancunes. C’est à cette condition que Madagascar pourra réellement entrer dans son ère de refondation, et faire de la métamorphose annoncée une promesse tenue.
L’heure de la maturité politique
La refondation ne se fera ni dans la précipitation, ni dans la vengeance ni dans la division. Elle demandera de la méthode, de la vision et du courage. Les oppositions doivent comprendre que le pays n’a plus besoin de rivalités, mais de résultats. Et le PRRM devra prouver que la rupture peut être inclusive. La refondation est avant tout une question de maturité politique et morale. Madagascar ne manque ni de talents, ni d’énergie, ni d’espoir. Ce qu’il lui faut désormais, c’est la capacité à marcher ensemble. Et peut-être est-ce là le véritable sens de cette refondation : réapprendre à faire nation. La refondation n’est pas une victoire politique. C’est une œuvre collective. Une promesse envers les générations futures.
