« Le Colisée de la discorde » : Atteinte au sacré

Le Rova d’Antananarivo, un patrimoine en danger

Les débats et avis contradictoires sur la construction du Kianja Masoandro en forme de Colisée dans l’enceinte du Rova d’Antananarivo se sont imposés malgré la crise sanitaire et la crise économique grandissantes. Les échanges sur le Rova sont devenus politiques alors qu’il s’agit avant tout d’un débat éminemment culturel, presque une mission impossible pour sauvegarder un patrimoine en danger. L’histoire du Rova d’Antananarivo est en soi une représentation du pays pour qu’on en comprenne le sens culturel et spirituel des lieux. Mais c‘est vraiment dommage, qu’au nom de la modernité, la construction d’un Colisée dans une zone sacrée dans le monde cosmogonique Malagasy ait pris le relief véritable d’un mépris du monde spirituel et d’une transgression d’un joyau du patrimoine ancestral malgache, qui était à sauvegarder, et que les colons ont essayé de détruire dès leur arrivé au pouvoir à Madagascar.

Une sagesse cosmique

Chaque construction et structure au sein du Rova a son emplacement précis selon un ordre cosmologique. Cette sagesse cosmique reflète même la philosophie de la vie des Malagasy et la place accordée au sacré dans leur vie. Le Rova situé en hauteur, visible par tous, rappelle en l’occurrence en permanence cette sagesse cosmique qui nous propose l’unité nationale, Il s’agit de ce qu’on pourrait appeler une spiritualité laïque. Le Rova d’Antananarivo est une valeur d’authenticité que l’on retrouve également dans tous les différentes royautés partout dans l’île. Ensemble, ils sont les représentants de nos patrimoines ancestral et culturel en péril, voire en voie de disparition. En l’occurrence pour le Rova d’Antananarivo, l’ensemble de ce joyau reflète une vie en harmonie avec l’ordre de l’univers. Pour comprendre cela, Il est indispensable d’avoir quelques clefs de compréhension de l’histoire culturelle du pays, de sa richesse, de se pencher dans le passé et y puiser la sagesse, la coutume avec ses rites et ses codes de nos ancêtres : autant de fils conducteurs qui nous permettront de donner tout son relief à ce plaidoyer pour la sauvegarde d’un patrimoine Malagasy et d’en percevoir ainsi la profondeur morale et spirituelle. Justifiant ainsi que la construction de ce Colisée au sein d’une enceinte sacrée et hautement spirituelle porte atteinte au sacré.

Une profanation

En allant à l’essentiel, et simplement, construire un Colisée dans l’enceinte du Rova d’Antananarivo est un sacrilège, il s’agit d’une violation du fady, de l’interdit. C’est porter atteinte au sacré et une méconnaissance de l’histoire culturelle du pays. C’est souiller même la société et les traditions Malagasy. L’art de pensée dans la construction du Rova d’Antananarivo par les rois et reines successifs de l’histoire royale Malagasy, est proprement philosophique ( de philo, aimer , désirer, et sophie, la sagesse)  puisqu’il s’agit avant tout d’une quête de sens et de sagesse, c’est à la fois une mode de vie et une mode de pensée, un patrimoine immatériel. Le Rova n’est non seulement un ensemble architectural bien ordonné mais contient aussi une réflexion d’une profondeur abyssale sur le sens de la vie qui se situe dans la mise en harmonie de soi avec l’harmonie du monde. Car pour les Malagasy, tout est signe. Tout signe est un esprit. Vivre, c’est reconnaitre le sens de ces signes. La vraie valeur de l’homme est sa nature spirituelle « Ny Fanahy no maha olona ». Alors il n’est pas inutile de prendre conscience qu’apporter un désordre dans ces lieux sacrés, hautement culturels, épicentre de l’histoire est une démarche chaotique. Construire un Colisée au sein du Rova d’Antananarivo c’est comme ériger une pyramide au sein de la cité interdite en Chine.

De la discorde à la paix sociale

Or justement le chaos, est en train de se manifester, depuis que les Malagasy, pris au dépourvu, ont vu l’élévation de cette architecture romaine qui de surcroît est à mille lieues de la culture Malagasy, dans un lieu saint et sacré. Les Malagasy y ont vu une erreur, un péché et une profanation du sacré. De lors que l’on a compris ce caractère sacré il convient de dire que ce Colisée de la discorde n’a pas sa place dans le Rova, il ne fait que semer la discorde nationale comme l’était la « pomme de la discorde » entrainant la chute de Troie. On peut toujours espérer voir sa déconstruction et sa reconstruction ailleurs si l’on veut retrouver une harmonie sociale. Le Rova d’Antananarivo mais aussi les autres un peu partout sur l’Ile sont les témoins « vivants » du regard malgache sur le monde : celui des ancêtres, la Terre des Ancêtres, c’est la réalité, la vraie réalité. Ciel et Terre forme un ensemble. Dans cet ensemble, il y a des mystérieuses correspondances, il y a des signes*. Les Rova où qu’ils soient aimons-les et protégeons-les.

*Le Monde Malgache – Raymond William Rabemananajara – Edition L’harmattan 2001

©Crédit photo – Madagasikara Voyage

[mo-optin-form id=2]

Reply