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Quelles opportunités de changement pour Madagascar ?

Quelles opportunités de changement pour Madagascar ?
L’année 2026 s’ouvrait sous le signe d’un espoir rare. Dans l’histoire récente de Madagascar, rarement un mouvement aura suscité une telle aspiration collective au changement. À travers le pays comme au sein de la diaspora, une même attente se faisait entendre : celle d’un renouveau profond, d’une refondation capable de redonner sens et direction à la trajectoire nationale. Pour beaucoup de Malgaches, cette aspiration ne se résume pas à un changement politique. Elle renvoie à une ambition plus fondamentale : revenir aux racines, aux fondations, pour reconstruire le pays sur des bases nouvelles. Tel est le défi auquel sont aujourd’hui confrontés les nouveaux gouvernants. Car au-delà de l’espoir, c’est une attente immense qui s’exprime : celle de changements significatifs, visibles et durables.
Les opportunités existent. Selon les estimations de la Banque mondiale, Madagascar pourrait enregistrer une croissance économique avoisinant les 5 % entre 2024 et 2030. Une dynamique encourageante, mais qui ne saurait, à elle seule, effacer des décennies de pauvreté structurelle. Car la réalité reste implacable : pour atteindre un tel niveau de croissance, le pays aurait besoin de plus de trois milliards de dollars d’investissements. Les priorités sont connues : garantir l’accès universel à l’énergie et à l’eau, moderniser l’agriculture, combler les retards considérables en matière d’infrastructures et renforcer la résilience climatique d’un territoire particulièrement exposé aux cyclones et aux effets du dérèglement climatique. Ces défis constituent autant d’opportunités pour repenser en profondeur le modèle de développement du pays.
Mais aucune croissance durable ne peut s’inscrire dans la durée sans réformes structurelles. L’amélioration du niveau de vie, indicateur central de toute transformation économique, dépendra de la capacité du pays à relever un défi majeur : celui de la productivité. Il s’agira notamment de faire évoluer progressivement l’économie malgache d’un modèle essentiellement tourné vers l’exportation de matières premières vers une économie de transformation, créatrice de valeur et d’emplois.
Au cœur de cette transformation se trouve la majorité silencieuse du pays : les populations rurales et les paysans, qui représentent entre 75 et 80 % de la population. C’est dans ces territoires que se joue peut-être la véritable révolution économique et sociale de Madagascar : éradiquer la pauvreté rurale et redonner à ces régions leur rôle central dans le développement national.
Aussi, aucun projet de refondation ne peut réussir sans un environnement politique sain. La stabilité institutionnelle, la circulation des idées et la capacité d’innovation constituent les fondements de toute transformation durable. Madagascar doit rompre avec ce que l’on pourrait appeler le mythe de Sisyphe politique : Cet éternel recommencement qui condamne le pays à reconstruire sans cesse ce qui a été détruit. L’enjeu est désormais de faire advenir le temps de la reconstruction.
Dans ce contexte, l’anticipation et la prévention devront également occuper une place centrale. Madagascar pourrait devenir un exemple en transformant sa vulnérabilité climatique en levier de transformation sociale et économique. La Banque mondiale estime que 1,68 million de personnes supplémentaires pourraient basculer dans la pauvreté d’ici 2050 si les effets du changement climatique ne sont pas maîtrisés.
Face à ces défis, le projet de refondation doit adopter une vision claire : placer le changement durable au cœur de chaque décision publique, de chaque investissement et de chaque projet structurant. L’objectif n’est rien de moins que de faire émerger une économie malgache forte, inclusive et rayonnante dans l’espace de l’océan Indien vers le monde.
Mais toute transition comporte également ses zones de fragilité. Au lendemain d’un changement de régime, la tentation de la revanche peut être forte. L’histoire politique de nombreux pays montre combien la chasse aux sorcières peut détourner une nation de l’essentiel. La volonté d’assainir le système est légitime. La justice doit être rendue. Mais elle ne peut être crédible que si elle s’applique à tous, sans distinction. C’est peut-être là l’un des moments fondateurs de cette nouvelle ère : Faire advenir un principe simple mais essentiel, celui selon lequel nul ne peut se placer au-dessus de la loi. L’application équitable de la loi, du sommet de l’État jusqu’au citoyen le plus modeste, constituerait un signal historique. Car il s’agit, au fond, d’un travail politique et moral d’une grande subtilité : Démêler la vengeance de la justice. Cette démarche exige discernement et impartialité. Elle suppose une véritable catharsis collective, capable de transformer les tensions héritées du passé en une opportunité de transformation nationale. Pour les Malgaches, mais aussi pour les investisseurs et les partenaires économiques, un tel signal serait décisif. Il marquerait un véritable changement de paradigme.
Au-delà des réformes économiques et institutionnelles, la question la plus profonde reste peut-être celle de l’engagement. Peut-on encore croire qu’une ambition plus grande que l’enrichissement personnel, celle d’une mission au service du pays, puisse mobiliser une nouvelle génération de dirigeants et de citoyens ? Si les conditions sont réunies, la réponse pourrait être positive. Les femmes et les hommes porteurs de ces valeurs, fils et filles de Madagascar, présents sur le territoire comme au sein de la diaspora, se manifesteront d’eux-mêmes pour contribuer à cette reconstruction. Il est temps de rendre le pays attractif pour ces talents. Lorsque l’attachement à la nation se renforce, la fuite des cerveaux s’atténue naturellement. Les Malgaches n’auront plus besoin de chercher ailleurs les conditions de leur réussite.
Des politiques publiques ambitieuses pourraient accompagner ce mouvement : incitations fiscales, facilitation du retour de la diaspora, valorisation des talents et des compétences. Autant d’initiatives susceptibles de nourrir un récit national nouveau, capable de mobiliser les énergies et de transformer les imaginaires. L’histoire récente montre que plusieurs nations ont su emprunter des chemins inattendus pour transformer leur destin.
Madagascar se trouve aujourd’hui à un carrefour. Le projet de refondation ressemble à une lame à double tranchant. D’un côté, les passions négatives et les excès qui pourraient conduire à reproduire les mêmes erreurs. De l’autre, l’opportunité historique de bâtir un héritage durable pour les générations futures. Un héritage dont toute une nation pourrait être fière.

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