L’aide internationale aide-t-elle autant qu’elle prétend ?

Le recours à l’aide internationale est une constante à Madagascar. Si les ajustements structurels, œuvre du FMI avaient été fortement décriés dans les années 90, presque 30 ans après, nous en sommes toujours réduits à dépendre de cette aide. La situation post-covid dont nous ne connaissons pas réellement la date du début n’augure pas un optimisme ambiant quant à une prise d’indépendance vis-à-vis de l’aide.

Le 30 novembre 2017, Nana Akufo-Addo, président du Ghana, surprenait son monde en annonçant la fin du recours à l’aide internationale. Cette déclaration a fait le tour de l’Afrique en raison de la présence d’Emmanuel Macron qui n’a pu qu’acquiescer face à la faconde de son homologue. Le « Ghana Beyond aid », ce qui signifie un Ghana affranchi de l’aide, une formule ayant de quoi faire rêver jusqu’au large de l’Océan Indien et plus précisément du côté de la Grande île.

Discours du Président Addo

En effet, encore très loin de cette mentalité souveraine et indépendante, les présidents malagasy successifs ont tous arpenté le même chemin s’agissant du recours à l’aide internationale. Entre une présidence viscéralement tributaire de l’aide au développement, par dépit et faute de moyens alternatifs, ou pis encore en s’inscrivant dans une dépendance jugée indispensable par certains chefs d’État. Les deux antipodes dans l’appréciation de l’aide pourraient être Didier Ratsiraka, voire Zafy Albert et Hery Rajaonarimampianina. L’un souhaitait s’en défaire quant à l’autre, il ne jurait tout ou presque uniquement par elle.

L’aide internationale décuple en cette période exceptionnelle

440 millions de dollars représentaient la somme récoltée par Madagascar au tout début de la Covid-19, au plus fort de la crise sanitaire.  Tous les acteurs traditionnels sont venus prêter main forte, tour à tour, comme la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International (FMI), l’Agence France Développement (AFD), la Banque Africaine de Développement (BAD) pour atteindre cette manne financière. Depuis la deuxième vague qui a touché Madagascar,  au cours de cet été, 171.9 millions de dollars ont été décaissés par le FMI. L’AFD a alloué, quant à elle, une nouvelle somme de 11 millions de dollars. Au cours de ce mois d’octobre, l’île de La Réunion a consenti un effort financier à hauteur de 130 000 euros en faveur de la Région du Grand Sud. USAID, l’agence américaine de développement a accordé une somme de 2.5 millions de dollars pour lutter contre la famine. Toute cette manne financière était forcément opportune pour un pays classé comme fragile sur le plan économique et social. Toutefois, la dépendance manifeste de Madagascar mérite d’interroger l’approche à déterminer dans une vision à long terme. Aujourd’hui, les aides financières se cumulent, à côté de cela, viennent aussi se greffer les aides sous d’autres formes, que ce soit humanitaire, sur le transfert de compétences ou le don de matériels. Comme en témoigne, dernièrement, la fondation française Pierre Fabre qui forme des pharmaciens malagasy et contribue à l’émergence d’une université de Pharmacie à Antananarivo.

Peut-on sortir de « cette aide » qui ne nous aide pas ?

Si l’aide continue de pulluler, force est de constater que la population ne ressent pas l’impact positif de cette générosité internationale. Envisager un plan de sortie de l’aide serait aujourd’hui le meilleur moyen de plaider pour une indépendance financière. En prenant une décision ferme qui peut paraître risquée de prime abord, mais favoriserait l’entremise d’un nouveau paradigme pour Madagascar.

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