Formation : un enjeu au cœur de la croissance de Madagascar

L’accès à l’éducation est très inégalitaire à Madagascar. Tout homme politique bien avisé et instruit ne peut pas rester les bras croisés à l’écoute de ce constat. Le chantier est immense et l’urgence est de mise pour arriver à se mettre à la même cadence du rythme du développement du monde et de ses changements permanents. La formation constitue un enjeu au cœur de la croissance de Madagascar. Pour accompagner l’expansion économique à venir, le pays aura besoin de toutes les compétences de ses enfants. Il serait donc indispensable d’anticiper et de préparer cet avenir, pour qu’une véritable croissance inclusive et durable s’installe et profite à tous les Malgaches.

L’éducation comme ascenseur social

L’éducation tient une place importante dans une famille Malgache, si toute la fratrie d’une famille ne peut poursuivre des études supérieures, par faute de moyens, il est souvent mis sur les épaules de la fille et du fils ainé(e) de garantir d’aller le plus loin possible dans ses études. Alors des efforts considérables sont consentis pour l’envoyer à la capitale, là où se trouvent les savoirs et les connaissances. C’est à l’université que les enfants des riches et des pauvres se côtoient sur les mêmes bancs des amphithéâtres. La compétition sera rude, car les bagages intellectuels acquis pour y arriver ne sont jamais les mêmes. Mais il y a ceux et celles qui arrivent.  Il ou elle sera alors la fierté de toute la famille. Cette pratique sacrificielle fonctionne partiellement, quand bien même qu’elle arrive à tirer vers le haut socialement la famille au gré des efforts considérables sur plusieurs générations. L’éducation est alors utilisée comme un ascenseur social, permettant à toute la famille de profiter d’une mobilité sociale. L’éducation permet d’enrayer le déterminisme social. Selon l’OCDE, il faudrait six générations pour sortir de la pauvreté en Europe. À Madagascar, pire encore, il faudrait neuf voir jusqu’à onze générations pour sortir de la pauvreté. Ce n’est qu’après de nombreuses années qu’une famille verrait un de ses arrières petits fils se hisser dans l’échelle social, occuper une meilleure position pour obtenir un meilleur statut social que leur parent, et s’élever dans la société.

Quelle politique d’éducation ?

Pour pouvoir proposer des solutions, il serait d’abord nécessaire de mener une grande enquête nationale pourquoi, de nombreux Malagasy n’accèdent pas à l’éducation tant espérée par leurs parents. Pour n’en citer que quelques-uns, les obstacles suivants sont tellement évidents que ne pas les considérer serait une grave erreur : le déterminisme géographique :  Il faut aller loin, traverser des rivières, des ponts et des déserts pour chercher les savoirs. Le déterminisme social : Il faut payer cher pour accéder à la meilleure formation, car la formation n’est pas accessible à tous.

Ce sont déjà des grandes victoires dans la politique éducative si on arrive déjà à enrayer ces deux déterminismes. Il est urgent de rendre les savoirs et les connaissances accessibles à tous, aussi bien en zones rurales qu’en zones urbaines. Les nouvelles technologies faciliteraient la mise en place de cette politique. Ce sont les savoirs et les connaissances qui devraient se déplacer à la rencontre des paysans, des agriculteurs et de leurs enfants. Motiver la mobilisation des meilleurs professeurs, des instituteurs et des enseignants, dans toutes les régions de l’île. Investir dans la création des universités à travers l’ile. Rendre accessible l’éducation dès la plus petite enfance dans les campagnes et les villes, la rendre gratuite et subventionnée par l’État. L’éducation sera alors pour tous, elle ne sera plus réservée à une poignée d’élite jouissant des meilleures formations, mais elle sera une éducation destinée à tous, à tous les enfants d’un foyer, à tous les fils et filles du pays, où aucun enfant ne sera pas écarté pour rompre enfin la chaîne des inégalités des chances.

Fabien G. RAZAKANDRAINIBE, Editorialiste.

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  1. Shawna Atala 3 avril 2020

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