Madagascar 2026 : une année décisive ? (2ème partie)

II. Sur le plan national et la politique intérieure
Quelle a été la teneur des réactions observées au sein des différents camps ?
Quel cadre juridique emporte ce pouvoir afin d’engager le pays vers un avenir où il n’y a pas de compromis prévus avec les principaux concernés, la jeunesse Malagasy, la GEN-Z et autres ?
1) Climat interne : une transition sous surveillance
Si le régime réussit ses « coups » diplomatiques, la pression intérieure reste une poudrière.
D’abord du côté de la GEN-Z, le mouvement étudiant et les collectifs de jeunes, qui ont été le moteur de la chute de l’ancien régime en septembre dernier, affichent une posture critique en adressant un message au colonel Randrianirina que « l’urgence n’est pas la reconnaissance diplomatique, mais la refondation sociale », au même titre que le rapprochement avec les États-Unis ne doit pas servir de « bouclier » pour s’éterniser au pouvoir.
Il s’agit sans doute qu’une des raisons pour laquelle le gouvernement dirigé par Heritsalama Rajaonarivelo, après seulement quatre mois de fonction, a été dissout en faisant face à cette pression populaire croissante, mais aussi à celle de la diplomatie.
Car des difficultés d’accès aux services publics de base restent au cœur des tensions sociales. Le contexte serait également vérifié par une période d’essai non concluante suite au système d’évaluation bimestrielle des performances ministérielles.
En ce qui concerne la souveraineté économique, la société civile craint que le pays ne soit « vendu par appartements » aux grandes puissances comme la Chine, la Russie et les USA, en échange d’une survie politique.
Quant à l’opposition politique, les partis traditionnels ayant été aux affaires nationales et, échoué leur mandat en perdant la confiance du peuple évoquent « le piège du provisoire » et la « critique de la souveraineté ».
Le secteur privé clame pourtant à un soulagement pragmatique de sorte que le GEM et les exportateurs de textile accueillent la sécurisation de l’AGOA comme une victoire sécurisant et sauvant de milliers d’emplois.
2) Des tensions institutionnelles
Pour autant, à la suite de la crise politique d’octobre 2025 à Madagascar, la Haute Cour Constitutionnelle a rendu une décision historique (notamment la décision n°10-HCC/D3 du 14 octobre 2025) encadrant les pouvoirs du colonel Michaël Randrianirina. Cette décision lui a officiellement confié la charge d’exercer les attributions du Président de la République.
Ses principales prérogatives et responsabilités consistent à prendre « toutes les mesures rendues strictement nécessaires et inextricables par les circonstances », incluant le maintien de l’ordre public et de la sécurité nationale ; la garantie de la continuité de l’État et du fonctionnement des services publics, la signature de décrets et l’exercice d’un pouvoir réglementaire pour stabiliser le pays.
Toutefois, contrairement à une prise de pouvoir militaire classique, ces prérogatives sont exercées sous le contrôle de la HCC où l’encadrement est posé sur le respect de la Constitution bien que certains articles soient suspendus par les faits, et sur la mission électorale dont l’objectif assigné reste sur l’organisation de la concertation nationale et la préparation du passage vers une nouvelle République incluant des élections transparentes.
Le changement majeur, observé de l’intérieur et à surveiller, s’agirait de cette volonté affichée du passage de la IVe à la Ve République, dont le processus devrait s’appuyer sur l’élaboration d’un projet de transformation des institutions par le biais de concertations nationales : la Refondation du système; un nouveau Code électoral pour garantir des élections futures jugées « justes et transparentes » : la Réforme électorale.
L’artisan de ce changement, le nouveau gouvernement dirigé par Mamitiana Rajaonarison, devrait travailler de façons stable et efficace, et en même temps agir vite avec des résultats au profit de la nation. Car le régime a placé l’éthique au cœur de son discours, d’abord à travers « l’engagement mains propres » où tout acte de corruption au sein de la nouvelle équipe gouvernementale entraînerait une démission immédiate et des poursuites.
Ensuite, l’adoption d’une nouvelle feuille de route de la Stratégie Nationale 2025-2030 qui vise particulièrement les secteurs des mines, du foncier et des douanes. Enfin, la promesse d’un audit transparent de l’administration publique où un « nettoyage administratif » serait envisagé.
Pour autant, cette année 2026 a été décrétée « Année du Peuple » en mettant en œuvre plusieurs axes de réformes législatives et administratives. D’abord, la digitalisation où le déploiement de l’identification biométrique, de la facturation électronique (e-facturation) et d’un système d’administration fiscale intégré (SAFI).
Ensuite, l’accès aux services où la priorité est donnée à l’électrification rurale, à l’accès à l’eau potable et à l’internet dans les écoles pour répondre aux revendications des manifestations de septembre 2025 menées par la GEN-Z.
Enfin, il est à noter ce fait notable concernant la légalisation du « toaka gasy » où la HCC a validé en ce début d’année 2026 la loi qui légalise la production et la commercialisation de ce rhum traditionnel marquant une mesure symbolique pour l’économie locale.
La présidence de la Refondation semblerait adopter une stratégie de multipolarité équilibrée dans le but de rechercher, en même temps, un soutien militaire et une alternative diplomatique pour asseoir son régime de transition, et en tentant de préserver les flux économiques ainsi que l’aide au développement tout en renégociant les termes des relations sur une base plus égalitaire.
Toutefois, la situation reste sous la haute surveillance internationale, en l’occurrence de la part de la SADC (Communauté de Développement d’Afrique australe) qui a déployé un « Panel des sages » pour accompagner Madagascar dans le rétablissement de la stabilité démocratique.
Car l’absence d’inclusion réelle de la jeunesse « GEN-Z » dans le nouveau gouvernement fait craindre de nouvelles contestations si les promesses de changement ne se traduisent pas rapidement par une baisse du coût de la vie.
Lalaina RASOLONIRINA
