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Pourquoi, nous malagasy, faisons-nous encore de la politique ?

Le Premier Ministre du gouvernement malagasy, Christian Ntsay

Le Premier Ministre du gouvernement malagasy, Christian Ntsay

Le Grand sud, la crise sanitaire, la relance économique, les grands travaux, la lutte contre la pauvreté… La liste se veut non exhaustive. Les chantiers pour le gouvernement Ntsay, en grande partie consignée dans la politique générale de l’État, a l’apparence d’une montagne, avant le terme du quinquennat. Sans entrer dans une logique de partis (TGV, TIM, HVM, MMM…), en se délestant du jeu politique, Madagascar est-il en capacité à établir une politique de relance dans un tel climat défavorable ?

Faire de la politique en Afrique semble être une pratique différente des homologues occidentaux, le référentiel par excellence. Si certains responsables du continent aiment recourir à la communication, propager la culture de l’image, vulgariser l’action politique, il en vient presque à oublier que les mêmes représentants de ces pays sont témoins d’un sous-développement criant sur leurs sols : réseau routier insuffisant, système de protection sociale inexistant, économie informelle anormalement dominante, une pauvreté structurelle et majoritaire…  Très loin des économies tertiaires qui prédominent en France pour ne citer qu’elle, parmi les pays du nord ; l’Afrique est donc engluée à un stade primaire de son histoire politique. À Madagascar, faire de la politique, a-t-il encore du sens aujourd’hui parmi tout concitoyen, et sans aucune démagogie, c’est notre devoir de formuler ce questionnement ?

Pourquoi nos compatriotes d’hier, les Raiamandreny, les concitoyens d’aujourd’hui et de demain, à savoir nos dirigeants éprouvent les plus grandes difficultés dans l’exercice du pouvoir ? Faire de la politique, c’est prendre une responsabilité de la situation environnante, c’est trouver une solution à un problème criant, c’est composer avec nos ressources endogènes qu’elles soient prolifiques ou faméliques, c’est rassembler pour que le projet ne soit pas l’apanage de certains hommes, mais que cela vienne fédérer un peuple. Si la politique ressemble à cet énoncé non exhaustif, il apparait que notre histoire, depuis 1960, semble s’écrire sans ses attributs. Il y a une façon de faire qui ne nous est pas singulière, comme si une force invisible avait choisi à notre place dans notre façon de faire. Est-ce que la culture malagasy est-elle synonyme de défaite, est-ce que cela nous conduit à ne pas réussir, à ne pas travailler, à abdiquer face à l’adversité, à s’en remettre à notre passé douloureux ou seulement incriminer les mêmes colonisateurs de Madagascar, devenus aujourd’hui nos références politiques ?

Si nous continuons à nous réfugier derrière la victoire de Marghe, ce qui n’enlève en rien la belle et victorieuse histoire de cette jeune compatriote malagasy issue de la diaspora et qui mérite d’y donner plus d’attention à cette communauté parfois stigmatisée par son éloignement, comme un arbre qui cache la forêt, le parcours honorifique de nos Barea comme si nous étions sur le toit du monde au lieu de construire sur cette base, si nous continuons de vanter nos potentialités énormes issues de la biodiversité malagasy sans créer un paradigme unique, du travail remarquable des scientifiques malagasy dans les bienfaits des plantes médicinales hier et aujourd’hui sans provoquer une foi et un fédéralisme « transpartisan », de notre sens du patriotisme à travers la sortie de la zone franc et du mérite à revendiquer les îles éparses sans propager cette idée d’indépendance à tous les secteurs à commencer par l’agriculture et l’humanitaire, à sublimer légitimement notre histoire royale reconnue à travers le monde pour éduquer la culture de la victoire à nos futures générations, tout cela nous éloignera durablement des 72% des malagasy qui attendent des propositions pour sortir de leurs conditions transmises de générations en générations. Sortons des potentialités pour en faire de la faisabilité, voire du factuel, peut-être assisterons-nous à une ancienne idée de concevoir la société malagasy, remis au goût du jour pour faire( enfin) de la politique.

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