La grande réforme pour Madagascar

En politique, les hommes ont beau avoir des discours mémorables, une présence remarquable et s’approprier les nouveaux moyens de communication, seuls les actes resteront. L’histoire aime associer une Politique avec un grand P, à un homme, le new-deal à Franklin Roosevelt, le plan Marshall à Harry S. Truman, la réconciliation nationale (commission de la vérité et de la réconciliation) à Nelson Mandela, le bolivarisme à Hugo Chavez, la jamahiriya à Mouammar Khadafi ou plus récemment one district, one factory à Nana AKufo Addo.

À Madagascar, que reste-t-il en héritage des Politiques associées à nos chefs d’État qui ont traversé et écrit l’histoire de nos présidences ? Dans le siècle présent, Marc Ravalomanana a esquissé la vision du MAP, un plan que tout le monde connait, encore aujourd’hui, sans en avoir vraiment gouté l’effet produit. Ses édiles et défenseurs pourront toujours à juste titre donner des références fortes comme la création du BIANCO ou encore l’intégration régionale à la SADC mais elles n’ont pas eu une portée et un impact sur les populations. Hery Rajaonarimpianina semble quant à lui, transparent dans ses réalisations et dans l’empreinte qu’il aura laissé lors de son passage à Iavoloha. Sa dépendance aux bailleurs de fonds a entaché la fonction de Président, la rendant limitée et sans aucune créativité. Dans l’optimisme ambiant, comment va donc s’écrire le quinquennat, à peine entamé d’une année, du Président actuel, Andry Rajoelina ? Aujourd’hui, la grande réforme tant attendue n’a pas encore eu lieu, celle qui emporte toute la population avec elle. Est-ce trop tôt pour s’alarmer ou doit-on faire preuve de patience et s’en remettre à une confiance aveugle ? Les deux positions peuvent se tenir mais le quinquennat ne favorise pas une marge de manœuvre élevée. Cette grande réforme tant espérée ne pourra se réduire à la réalisation d’infrastructures uniquement, même si ce point demeure une priorité pour le pays.

Concept de la « réindependance »

 Il est vrai, en Afrique, aujourd’hui une nouvelle tendance est perceptible, se réfugier derrière les réalisations de grands travaux. Les présidents Macky Sall et Alassane Ouattara sont en tête de lice dans cette communication présidentielle du côté de l’Afrique francophone. Quand bien même, les deux chefs d’État ne sont pas au même niveau des réalisations de leurs gouvernements respectifs et n’impulsent pas tout à fait la même politique sur le plan local. Leurs populations s’indignent de ne pas voir émerger une classe moyenne émergente avec des foyers qui bénéficieraient des taux de croissance élevés de leurs patries respectives. Si la pondération subsiste autour de la réalisation de grandes infrastructures, c’est que toute cette politique aurait dû être impulsée, au sortir de la colonisation, alors que la majorité des pays africains vont fêter cette année leurs 60 ans d’indépendance, un retard colossal a été pris. Pour mieux qualifier le phénomène des grands travaux qui se disséminent dans toute l’Afrique subsaharienne, un concept en résulte, celui de la « Réindépendance ». Profitant de l’arrivée des puissances émergentes sur le marché africain, les pays dont Madagascar ont profité de la concurrence dans l’offre de marché aux États du continent ce qui a permis à une majorité de pays de sortir de la tutelle coloniale, trop souvent présentée comme un frein à tout développement. En conséquence, aujourd’hui, on assiste à la construction massive ou de rénovations d’aéroports, d’autoroutes, du développement du ferroviaire avec des trains et des  tramways, des musées, des bâtiments administratifs, des hôtels et salles de conférences… Mais ces politiques peuvent-elles réellement être considérées comme des grandes politiques ?

L’autre moyen de marquer de son empreinte : la politique étrangère !

Cette grande réforme ou grande politique attendue peut prendre une tournure sociale visant à pratiquer une politique de redistribution sociale conséquente. Le hic se situe dans l’état des finances publiques de l’État malgache qui aujourd’hui éprouve toutes les difficultés à tirer des recettes que ce soit au niveau fiscal ou bénéficier des investissements publics. Les nouveaux investissements étrangers doivent pour cela être négociés avec une contrepartie suffisante visant à remplir les caisses de l’État dans le redéploiement de cette manne vers les régions, les communes et les populations. l’État souffre d’un manque de stratégies visant à produire un plan en direction des populations qui mettait en lumière, de manière graduelle, les personnes qui sortiraient chaque année de l’extrême pauvreté. L’annonce de la création du fonds souverain entretient le rêve et des espoirs mais il ne peut à lui seul être garant de la grande réforme si ledit fonds souverain n’est pas accompagné d’une vision. Sinon à défaut de grandes réjouissances sur le plan intérieur, la grande politique tant recherchée, vectrice d’unanimité, peut être envisagée du côté de la politique étrangère. Pléthores de dirigeants ont redoré leurs blasons uniquement avec un acte posé sur le plan international. Jacques Chirac a marqué de manière indélébile l’histoire de la France en s’opposant à la guerre en Irak, Didier Ratsiraka est sorti de la Zone franc. Dans cette lignée, les négociations ardues autour de la restitution des îles malgaches de l’Océan Indien peuvent balayer d’un revers de main tout ce qui a été dit précédemment si une issue favorable aux intérêts malgaches est trouvée.

Grégory SILENY, Éditorialiste.

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