Archives de catégorie : Politique intérieure

Insécurité rurale à Madagascar : Craintes et Désarroi

Des populations rurales en proie au désarroi

Les faits sont d’une barbarie d’un autre temps : 19 morts, 300 maisons incendiés, et tout cela pour voler des zébus. La scène macabre se passe dans trois villages du Sud-Est de Madagascar, Morafeno, Benonoka et Ampahatelo. Impensable et incompréhensible, les criminels, appelés localement les dahalo, une armée de 150, ont réussi à disparaître dans la nature avec 500 zébus et trois otages.  Les dahalo lourdement armés sévissent et terrorisent les paysans sans défense depuis des années à Madagascar, mais l’État semble être impuissant face à l’insécurité grandissante dans ces régions les plus reculés du pays. L’idée de mettre des « puces » sur les zébus, promesse annoncée lors de la campagne électorale, aurait pu être une bonne idée pour traquer les dahalo avec leur butin.  Il faut admettre que le pays est confronté à un gros problème de grand banditisme, irrésolu depuis des années. Ce sont non seulement des crimes de vol, mais aussi de sang. On croirait que le temps est resté figé au Moyen Âge pour ces villages qui vivent dans la crainte, de manière cyclique ou récurrente les dahalo effrayent des populations paysannes traumatisées, tuées et dépouillées de leur seule source de richesse, les zébus. Ces dernières révèlent une réalité connue de tous, elles vivent dans l’inquiétude permanente avec un sentiment exacerbé d’insécurité par les massacres humains et les assauts de plus en plus violents et inhumains. Comment alors protéger ces populations rurales en proie au désarroi ?

Mettre les moyens pour protéger les populations rurales

Une présence plus importante sur le terrain pour rassurer la population ne semble pas arrêter les dahalo, puisque cette énième attaque violente des dahalo se passait au lendemain de l’inauguration d’une caserne de gendarmerie, proche du lieu de crime. Ce n’est plus le temps de faire l’état des lieux des violences causées par les dahalo. Remédier au problème des dahalo semble de plus en plus urgent après ces violences. D’autant plus que les statistiques des assauts et la barbarie des dahalo ne baissent pas. Il faudrait continuer le déploiement des forces armées au plus près des villages, par la mise en place des patrouilles régulières de la gendarmerie, et multiplier les casernes de proximité pour intensifier la protection des villages. S’il peut aider à traquer les dahalo jusque dans leur tanière, le puçage des zébus pourrait aider dans la traque. Il faudrait aussi faciliter la capacité des villageois à alerter par la mise en place des moyens de communications efficaces avec un numéro vert gratuit, relié à des forces mobiles et aéroportés disponibles pour une intervention à tout moment. Aussi, et le plus important, chercher d’où viennent les armes utilisées par les dahalo. 75% des Malgaches vivent en milieu rural, ils sont confrontés constamment à une situation sécuritaire grave, cela devrait interpeller l’état à chercher, trouver et mettre en œuvre des solutions efficaces avec des réponses et des interventions rapides. Il est tout à fait normal que les moyens pour protéger les populations rurales soient adaptés et conséquentes à la hauteur des violences perpétrées par les criminels, pour qu’elles ne soient plus les grands oubliés de la Nation. Beaucoup de paysans sont arrivés au bout de leur peur et leurs plaintes. Leur apporter les protections efficaces s’imposent comme une priorité.

Madagascar : Quelle politique face à l’insécurité et la violence ?

Madagascar, en proie à une profonde crise sécuritaire ?

Le pays est secoué de toute part. Après la crise sanitaire de la Covid-19, il y a la crise socio-économique qui continue son œuvre et on assiste maintenant à une profonde crise sécuritaire, à la montée de la violence et de l’insécurité, un sujet d’actualité qui mérite qu’on y prête notre attention pour appeler à des actions politiques concrètes et efficaces. La multiplication des actes violents, la mainmise de Dahalo sur certains territoires, la situation est d’autant plus alarmante que de nouveaux paliers semblent avoir été franchis dans la gravité des actes commis : viols de bébés et d’enfants mineurs, agressions sexuelles, massacres et tirs avec arme à feu sur des particuliers, hold-up et des braquages hyper violents, ces faits ne peuvent plus être considérés comme des faits divers.  On assisterait à l’écroulement et à la fragilisation de la société en proie à l’insécurité et la violence, si des actions urgentes ne sont pas mises en œuvre rapidement. L’Etat serait-il impuissant ou manquerait-il les moyens? Quelles politiques mener face à l’insécurité et la violence ? L’exigence de vivre en sécurité n’est pas un choix, c’est un droit pour tous, nous proposons ici la solution triptyque « prévenir, agir et punir ».

Prévenir

Il est possible de prévenir et lutter contre la violence et l’insécurité. Prenons l’exemple des Dahalo ou du grand banditisme. Leur apparition dans certaines régions de la grande île ne serait que l’onde de choc du chômage. La mécanique est simple : on ne trouve pas de travail et quand on sait que le problème va durer sur des générations, la pauvreté devient alors endémique, et de tout cela peut découler la violence. Cette interaction complexe qui trouve son origine dans la paupérisation progressive de la société malgache peut être la source de la violence et de l’insécurité. Pour mener des actions efficaces, pour prévenir la violence, il serait donc nécessaire de cibler ses multiples causes. L’Etat peut mener à la fois, à différents niveaux, plusieurs approches de préventions de violenceau niveau individuel, communautaire et sociétal. Cela passe par commencer à s’interroger sur l’insécurité, se demander les réalités qu’elles recouvrent et les moyens d’y remédier. Prévenir comporte donc une multitude de mesures. En l’occurrence une politique de lutte contre le chômage serait un acte préventif. Le manque de revenus non seulement en ville, mais surtout en milieu rural, est un facteur-élément à ne pas sous-estimer.Et ce, d’autant plus que le chômage touche plus de 4 millions (une valeur sous-estimée) de personnes à Madagascar. La double-brèche de la violence et de l’insécurité s’est ouverte depuis des années à Madagascar, l’inaction est une faute, car elle pourrait nous emmener à nous attendre à ce que les années à venir soient encore pires que les années passées.

Agir

L’ampleur des violences perpétrées par les bandits sont inacceptables. Agir devient donc urgent pour prévenir mais aussi protéger la population. Devant l’impuissance de l’Etat, on assiste à une demande de sécurité par la population, cela se traduit d’une part par la justice populaire, mais régler et faire justice sans recours à une institution judiciaire ne feraient qu’entraîner tout le monde dans une spirale de violence et accroître l’insécurité. Et d’autre part, de manière solidaire, on assiste à des regroupements d’individus issus d’un quartier, d’un village s’organiser pour se relayer la nuit afin d’assurer la sécurité de leur quartier, de leur village. L’action de l’Etat est donc très attendue, concrètement en étant plus présent par le déploiement des polices, des gendarmes, et même de l’armée quand c’est nécessaire dans les zones, les territoires et les quartiers sensibles, en détectant en amont les manifestations de la violence et intervenir efficacement. Une présence rassurante de l’Etat serait un message fort pour contrer les actes et les intimidations des criminels. Il faudrait aussi élargir la protection des victimes, notamment des viols. Les violeurs doivent être dénoncés pour en finir avec l’incompréhensible omerta qui s’impose aux familles et aux victimes. Pour cela, l’Etat doit assurer la prise en charge et la protection des victimes, répondre à leurs peurs, leurs besoins et leurs inquiétudes.

Punir

La violence et les actes criminels ne doivent pas être tolérés. Pour éviter la justice populaire et faire évoluer les comportements, il faudrait réinstaurer la confiance en la justice. Cela passe d’abord par faciliter la pénalisation et la judiciarisation. La majorité des Malgaches ne savent pas le fonctionnement des institutions judiciaires, tellement c’est un nid à corruptions. Mais par-dessus tout cela, la priorité est de faire émerger un Etat de droit. Et enfin, « Foin de paroles, en matière de violence, il faut prévenir, agir et punir ».

Politique : Quid de la responsabilité partagée ?

La décentralisation effective est à nouveau au centre du débat public, à Madagascar. Les élections sénatoriales et l’avènement de la 23ème région dans le sud sont autant de sujets qui avaient déjà été amorcés très tôt en début de quinquennat, et qui refont surface aujourd’hui. La baisse considérable du nombre de sénateurs a été présentée comme la cause principale de la mise en place de gouverneurs. Andry Rajoelina souhaitait un État plus proche des régions et par ricochet des populations, vilipendant au passage la chambre haute comme une institution inadaptée et budgétivore. Un moyen pour les autorités malagasy de sortir du pouvoir concentrique et monopolistique de la capitale.

Intervention sur la suppression du sénat et l’installation des gouverneurs sur Africa24

Entre temps, la Covid-19 est venue et a frappé Madagascar en immobilisant tout le pays depuis plusieurs mois. Après un long intermède, la présidence en exercice remet le couvert et espère cette fois-ci parvenir à ses fins avec des élections sénatoriales programmées en décembre. Toujours dans cet esprit de responsabilité partagée, le Président de la République avait aussi impulsé les contrats programmes qui ont été au départ soumis aux Ministres, puis généralisés aux gouverneurs. Toutefois, est-ce que nous pouvons affirmer maintenant que chaque responsable politique joue son rôle dans l’Establishment ?

Les limites d’un modèle hyperprésidentialisé

Le Sénégal, pays qui est une source d’inspiration dans l’Afrique francophone, a fait le grand pas vers l’hyper-présidentialisation en supprimant le poste de Premier Ministre en 2019. Macky Sall, auréolé d’un second mandat, voulait aller vite, très vite et se délester de la primature qui était sans aucun doute, selon lui, un gage de réussite dans sa vision politique. À Madagascar, Andry Rajoelina qui témoigne beaucoup de respect à l’endroit de son homologue africain, est très investi et au centre de toutes les affaires domestiques comme l’étaient ces prédécesseurs. En coulisse, lorsque nous prenons le temps de discuter avec ses proches collaborateurs, on déplore expressément le manque criant de célérité pour suivre la cadence du Président de la République. Mais, aujourd’hui dans le contexte de crise, la responsabilité partagée devient presque inéluctable. Impliquer davantage les responsables politiques dans les défis nationaux devient primordial.

Débat et analyse sur la suppression de la Primature au Sénégal

Au demeurant, Macky Sall serait en train de faire machine arrière dans sa volonté d’hyper-présidentialisation et songerait à nommer à nouveau un Premier Ministre. L’hyper-présidentialisation est aussi voulue par la population malagasy qui la trouve rassurante. Ils s’en font, à vrai dire, une image plutôt positive mais avec un caractère à double tranchant. Soit le Président en tire tout le succès soit il concentre toutes les critiques. Les malagasy, quant à eux, souscrivent sciemment ou non à un paternalisme présidentiel. Cette velléité se répand presque sur tout le continent noir où la quête d’un Président capable de guérir tous les maux est toujours recherché à chaque élection Présidentielle. Dans ce même esprit, beaucoup espérait une ingénieuse présidence lorsque Paul Kagame avait la charge de l’Union Africaine, pensant y apercevoir un modèle à la Rwandaise sur les 54 pays du continent. Il s’agissait pourtant que d’une présidence tournante de l’Union Africaine avec un périmètre d’action très limité. Encore un exemple de plus, de ce goût pour l’hyper-présidentialisation qui pourtant devient anachronique, eu égard à la complexité des défis et des contextes actuels.

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Quelle politique face à la crise sanitaire ?

La crise sanitaire va laisser des traces indélébiles. Une économie malagasy paralysée, un moral atteint, des perspectives de croissance limitée et une population qui souffre. Le plus douloureux dans cette crise de la Covid-19 est sans doute la non « suspension » dans le temps, de tous les maux dont souffre Madagascar, depuis plus de 15 ans. La grande famine dans le sud, la pauvreté structurelle et dominante dans toutes les catégories de la population, les disparités des territoires ou encore les problèmes de santé et d’Éducation qui affectent une grande partie du pays. Tous ces défis et ces problèmes structurels sont à l’origine de la déliquescence malagasy. La Grande île a toujours fonctionné sur un mode de gestion basé sur l’urgence. Tous les régimes précédents ont été périclité par ce mal consanguin. Mais comment procéder lorsqu’une urgence comme la crise sanitaire mondiale actuelle vient surplomber toutes les autres urgences ? Pour les autorités malagasy, il s’agit d’une situation singulière qui provoque des sueurs froides dans le dos surtout pour les analystes et observateurs faisant dans la prospective. Comment renouer avec un climat socio-économique antérieur à la Covid-19 alors que celui-ci était déjà indigent pour répondre aux besoins de tous les secteurs économiques et de la population ?

Une ambition revue à la baisse

Le nouveau cycle démocratique entamée depuis 2013 avait laissé un goût d’optimisme à tous les niveaux pour Madagascar. La restauration de la démocratie, la volonté d’instituer un modèle social et économique sur le plan national, l’éclosion du monde sportif voir culturel, tous ces indicateurs entrevoyaient des perspectives « heureuses », après tant de désespoirs. Aujourd’hui, l’une des questions qui mérite d’être posée est la suivante : Est-ce qu’une population d’un pays moins avancé (PMA), comme Madagascar, peut-elle être tolérante avec ses autorités, surtout dans une période dite de « guerre »[1] avec cette lutte non terminée contre la Covid-19 ?

Sur le plan instructif et démocratique, une telle maturité et un tel détachement semblent difficiles à adopter. Dans une économie, où plus de 15 millions de personnes vivent en deçà du seuil de pauvreté, consentir à des efforts apparaît indécent à certains égards. Pourtant, l’enjeu présidentiel se situera bien dans cet espace restreint, entre faire comprendre que cette crise qui perdure est désastreuse, puis proposer un plan de relance ingénieux qui va plus loin que les milliards d’ariary prévus par la loi de finance.

[1] « Le monde entier fait face à une grande guerre, une guerre mondiale, contre l’épidémie de Coronavirus. Un seul ennemi attaque plusieurs pays. Le Covid-19 a tué des milliers de personnes à travers le monde. Au moment où je vous parle, aucun pays n’est épargné. Madagascar doit aussi faire face à cela. Ce n’est pas une armée qui nous attaque. Ce ne sont pas des pays qui se combattent ». Discours du Président Andry Rajoelina, le 5 avril 2020 à Antananarivo

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Madagascar post-Covid-19 : Anticiper, mobiliser, organiser et renforcer

Des politiques en faillite

Les mots unité, solidarité et résilience ont autant ponctué avec force la crise sanitaire. À Madagascar, ces mots devraient retrouver toute leur essence, mais ils ne suffisent plus quoique la survie de nombreuses familles en dépend. Depuis quelques semaines, les yeux étaient rivés sur les points Covid-19 quotidiens, le tableau de bord sanitaire inquiète, la situation économique est jugée catastrophique, le bilan social s’alourdit de jour en jour et resteront sans doute dans les mémoires. Chaque annonce de cas grave vient renforcer les inquiétudes des uns et des autres. Confronté à une crise sanitaire et économique sans précédent, Madagascar cherche désespérément la porte de sortie. Par manque d’anticipation dans la stratégie de lutte contre cette pandémie inattendue et à cause de la précarité des infrastructures étatiques ou encore de l’appauvrissement abyssal de la population, pourrait-on encore susciter chez chaque Malagasy de l’espoir, l’envie de changer et d’aspirer à un monde d’après, meilleur et glorieux, malgré les conséquences directes visibles et vécues actuelles de la Covid-19 ? Dans tous les cas, cette crise sanitaire change la donne, elle est en quelque sorte révélatrice, chaque jour des failles des politiques et des structures étatiques.

Faiblesse des infrastructures étatiques

Récemment, on apprenait que la distribution des aides aux plus précaires, aux plus fragiles virait au scandale suite aux détournements par des individus véreux. Cela met en lumière que le système opérationnel et étatique, au niveau des fokontany n’est pas en très bon état, un système qui se trouve dans un état fonctionnel et structurel extrêmement critique. Il faut admettre que l’infrastructure étatique au niveau des fokontany n’arrive pas à gérer la crise. On découvre dans la lutte contre la Covid-19 que les fokontany manque de moyens pour pouvoir se développer et gérer une crise de cette ampleur. Mais sans organisation et sans efficacité à sa base, l’État ne peut aller loin dans sa stratégie d’émergence malgré la meilleure des volontés ou les aides renforcées.

Anticiper, organiser, mobiliser et renforcer

Dès lors, il faudra miser sur l’anticipation, la mobilisation, l’organisation et le renforcement des toutes les structures étatiques. À condition que l’efficacité soit au rendez-vous. Faudrait-il attendre des morts, des ventres affamés supplémentaires pour réveiller l’envie de changer. Or c’est bien connu, le changement ne se décrète pas. Le changement se construit ensemble, il revient à chaque parti d’établir et co-construire le futur afin de montrer aux Malagasy et au monde entier que le système politique Malagasy qui a longtemps fait plonger le pays et son peuple dans un état de pauvreté chronique pourrait se régénérer et se montrer enfin capable et être en mesure de gérer une crise pour donner au pays sa résilience, un système de santé amélioré et un système éducatif digne de ce nom. On ne peut plus faire l’économie de regarder l’histoire en face. Il est temps de l’écrire et la co-construire pour se donner enfin les moyens d’accélérer la reconstruction du pays.

© Crédit photo 

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Le déconfinement progressif à Madagascar : Pourquoi ?

Par Tohozaka Sileny, Éditorialiste

Force est de constater que la crise sanitaire d’aujourd’hui mette la communauté internationale dans une situation difficile. L’Europe et les États-Unis se trouvent dans la tourmente après la pandémie. Faute de vaccin contre cette maladie, la population occidentale reste encore confinée. Malgré cette situation, quelques pays africains procèdent déjà au déconfinement progressif. Si certains pays affirment contrôler suffisamment la situation pour alléger les mesures de confinement grâce au traçage actif et/ou à la découverte d’un remède, d’autres tentent de calmer seulement les troubles que pourraient générer les besoins excessifs des populations sans moyens de subsistance mais restent confinés. Parmi ces États africains, on peut citer aujourd’hui la Tunisie, la République Démocratique du Congo, le Ghana, le Burkina Faso, Madagascar, etc. En tout cas, la décision des pays africains de prendre un pas vers le déconfinement progressif est, probablement due à la fragilité économique. Mais vu la densité de la population très élevée à Antananarivo, cette mesure ne constitue-t-elle pas un risque de destruction de tous les acquis ? Force est de constater qu’en général, la règle de distanciation physique n’est pas respectée sur les trottoirs.

La vulnérabilité économique de la population malagasy

En parallèle avec l’évolution de la statistique des rétablis de la maladie, la fragilité économique de la population malagasy est la base du déconfinement progressif. Mis à part les sans-emplois et les plus démunis, plusieurs travailleurs dans les entreprises privées ont aussi subi un chômage technique partiel. Parfois même, il va les conduire à la perte d’emploi. Pourtant, les aides fournies par l’État n’arrivent pas à répondre à tous les besoins quotidiens des familles démunies. Elles contribuent seulement à alléger les impacts sociaux de la maladie. C’est pourquoi l’État malagasy lance aujourd’hui le « Tosika fameno » pour soutenir les populations affectées économiquement par les mesures de confinement. Ceux qui peuvent travailler de 6 heures à 13 heures peuvent être exclus.

La confiance au covid organics

La confiance au remède « vita malagasy » est l’une des raisons du déconfinement progressif à Madagascar. Andry Rajoelina a toujours précisé que ce remède a déjà fait ses preuves de guérison au profit des différents malades et est loin d’être nocif. C’est pourquoi l’État a procédé à la distribution gratuite du CVO au niveau des quartiers dans les villes les plus touchées, Antananarivo, Fianarantsoa et Tamatave, pour limiter la propagation du coronavirus. L’efficacité de ce remède traditionnel est prouvée par l’augmentation de façon continue du nombre de guérisons dans la grande île. Et la décision de faire rouvrir les écoles pour les classes d’examen est aussi une preuve de confiance à ce remède.

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Confinement, dans la situation de survie…

Dans plusieurs pays du monde, dont l’Europe, nous avons été spectateurs de citoyens qui éprouvaient toutes les difficultés à respecter les règles de confinement voire à appliquer les gestes barrières. Une attitude qui met en danger non seulement les initiateurs mais surtout la communauté nationale, à l’échelle d’un pays.

À Madagascar, des images font apparaître des malgaches qui ne respecteraient pas le confinement. Le mot indiscipline a été alors utilisé. Alors qu’en Europe, des populations ne semblent pas appliquer toutes ces mesures préventives face au Coronavirus. Ceux-là participent à une possible propagation de la maladie. Sur l’île rouge, peut-on s’aventurer à évoquer une indiscipline pour une population extrêmement pauvre ? Dans cette invitation à un débat de fond, il n’en revient pas à remettre en cause les décisions prises par les autorités malgaches. Non plus le volontarisme déployé. En revanche, une vigilance sur l’utilisation des mots, la retranscription des situations doivent être de rigueur. Le rôle des media est déterminant. Ne pas tomber dans une similitude à l’occidentale est une ligne éthique à ajouter pour toutes les personnes qui relayent les informations autour de Madagascar. Il y a d’un côté l’action légitime via le plan d’action du Gouvernement. De l’autre, il y a la population qui semble très hétérogène.

Une population confinable, une autre difficilement atteignable

Les premiers à faire preuve d’irrévérence ont été les étrangers. Une personne venue de France, âgée de 61 ans, aurait contaminé plusieurs personnes dans la région de Fianarantsoa. Suite à une indiscipline manifeste de sa part. Pour ce qui est des malgaches, certains ont assurément la possibilité de se confiner. Par leurs positions sociales, ils se doivent d’être respectueux et conformistes. Une autre tranche de la population dispose d’une aide de l’État sur les Produits de Première Nécessité pour pallier leur manque à gagner. Ils sont aussi redevables vis-à-vis du pays de faire preuve de bonne volonté. En revanche, deux autres catégories de population émergent. Les personnes fragiles économiquement qui s’exposent à une remise en cause de leur mode de survie. Aucune projection possible pour ces malgaches. Leur vision au jour le jour ne peut s’accommoder du confinement. Des témoignages montrent leurs désarrois et leurs inquiétudes dans cette situation qui dure maintenant, depuis 4 semaines. Puis, se présentent les situations d’ignorance où des malgaches n’ont pas conscience du danger encouru. Le manque d’informations apparait comme un fléau de ladite « indiscipline ».

2 moyens pour détourner le confinement 

Les Malgaches paupérisés ont donc poursuivi à investir les rues de la ville, comme c’est le cas à Antananarivo. Une difficulté non négligeable pour le gouvernement. Puis, d’autres ont eu la bonne idée, le temps en jugera, de pratiquer l’exode urbain. Des milliers de Malgaches ont décidé de prendre d’assaut les transports en circulation pour rejoindre leurs régions natales. Face à cette recrudescence, le président Andry Rajoelina a décrété 3 jours pour le transport de voyageurs. L’objectif est de permettre aux personnes dans le besoin de rejoindre leur ville d’origine, dans un pays où tout est centralisé. Une liberté sous la condition de faire un dépistage. Comme ce fut prévisible, la gestion du Covid-19 à Madagascar s’avère d’une grande complexité. l’État tente de limiter tous les risques mais les impacts viennent perturber les plans initiaux à l’instar de ce décret. Ce n’est que le début…

Moins d’éducation, c’est dévier de l’émergence

Par Grégory SILENY, Éditorialiste.

Annoncée comme le quatrième velirano, L’Éducation est une priorité du gouvernement. La Banque Mondiale souhaite renforcer cette vision qui a longtemps fait défaut à Madagascar en accordant un prêt de 100 millions de dollars.


Suivez l’intervention de notre éditorialiste Grégory SILENY sur la chaîne de TV Africa24

Madagascar Media aime toute la politique autour de L’Éducation puisqu’elle est garante d’un avenir certain et meilleur. En Chine, Pékin forme des ingénieurs tous les jours. À Madagascar, le capital humain est loin d’avoir été au centre des préoccupations politiques. Générations successives sacrifiées, une récurrence pour l’île rouge. Des chiffres tout aussi inquiétants, au fur et à mesure qu’ils soient superposés. En 2017, Madagascar était le pays qui investissait le moins dans L’Éducation en Afrique, derrière le Burundi et l’Ouganda. Sur la tranche des enfants de moins de 5 ans, Madagascar occupe le triste rang de quatrième pays au monde ayant le plus de retard de croissance. Toujours plus alarmant, un enfant malgache utiliserait que 37% de son potentiel productif lié à son manque d’instructions et d’accès à la santé. La réponse politique n’a fait qu’accompagner le problème éducationnel en chute libre, sans jamais l’endiguer. Depuis 2016, la part du budget consacré à L’Éducation ne cesse de baisser, dans un pays où l’iniquité règne.  

L’aide qui nous aide à ne plus demander d’aide

Les 100 millions de dollars de la Banque Mondiale sont une aubaine. L’aide des bailleurs de fonds ne sera ni la solution absolue, ni le levier pour jouir d’un développement. Néanmoins, les chiffres nous ramènent à une réalité. Cette aide sous forme de prêt correspond au triple du seul budget de L’Éducation. Incontestablement, l’aide internationale devient obligatoire. Seul bémol, il faut que le gouvernement utilise cet argent à bon escient et trouver de nouvelles sources de financements. Cette fois-ci, sur un plan local et de manière vertueuse. La Ministre de l’Éducation Nationale, Madame Andriamanana Josoa Rijasoa affirmait une mesure satisfaisante dès la rentrée prochaine. Les écoles seront gratuites avec une exonération des inscriptions scolaires pour toutes les familles. Coût de la mesure 25 millions de dollars qui pourront être supportés par cette dernière aide octroyée. Au-delà du système de L’Éducation qui nécessite une réforme d’ampleur, Madagascar doit apporter une vision sur deux points.  Le pays doit favoriser une population qui jouit du droit à la formation tout au long de leur vie. Des enfants aux adultes. Avec les yeux rivés sur cette émergence tant désirée par Andry Rajoelina. L’autre vision doit intégrer une politique visant à réformer un système d’éducation en profondeur, basée sur la projection du « malagasy 2035 ». A quoi ressemblera-t-il, le malgache 2035, en tant que travailleur, entrepreneur, citoyen et consommateur ? La vision du malagasy 2035 permet de mieux savoir, quelle politique de formation devons-nous favoriser ? Quels besoins dans l’économie, souhaitons-nous développer ? La vision et l’idéologie politique ne seront jamais livrées sous forme de package comprenant l’aide internationale. Prêts et subventions confondues. l’État devrait alors intervenir pour se construire et ne plus demander d’aide sur des sujets centraux comme l’éducation. Espérons que cette aide nous aide à ne plus demander d’aide.

©Photo Agence Malagasy de Presse 

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Oppositions politiques en alerte !

Il y a quelques mois, on s’aventurait à une critique sérieuse de l’opposition politique à Madagascar. Le manque criant de propositions et d’alternatives face au déploiement de la politique du régime en place laissait un pays orphelin. Une démocratie apparaissait alors très en retard dans sa composante et dans sa capacité à faire émerger un débat public contradictoire. Puisque l’opposition a un rôle tout aussi important que la majorité présidentielle si on part du principe que la démocratie demeure un objectif de l’ensemble de la population et un inconditionnel du jeu politique. D’ailleurs, l’absence de positions médiatiques sur le sujet des îles malgaches de l’Océan Indien des leaders de l’opposition alors qu’il s’agit d’une question de souveraineté et des intérêts de Madagascar interroge. La digression étant faite, entre temps, après une critique constructive de notre rédaction (Pour une véritable opposition politique), une nouvelle année a débuté, et semble-t-il, les leaders reviennent avec d’autres intentions.

TIM & HVM, esquisse stratégique ?

Hery Rajaonarimampianina a commencé à « dégainer » mais avec un choix surprenant qui a le mérite de s’inscrire dans une continuité présidentielle. Il est devenu chef de mission[1] dans l’observation des élections présidentielles au Togo. Il s’agit d’une première pour un Président africain à l’opposé des Présidents occidentaux qui majoritairement vendent leurs expériences et leurs conseils à des ponts d’or, le temps de conférences de quelques heures aux 4 coins du monde à l’instar des Obama, Blair, Clinton, May, Sarkozy ou encore Hollande. En s’immisçant dans les affaires togolaises, Hery Rajoanarimpianina participe à nourrir une image intègre aux yeux des autres pays africains. Une stratégie intéressante. D’autant plus, il incarne pour les 53 autres pays du continent, le Président africain qui a démissionné de ses fonctions comme le veut la constitution malagasy pour se présenter à sa succession en 2018. L’histoire reste toujours subjective puisque tous les malagasy n’ont pas oublié que sa démission a fait suite à la pression populaire et à l’aversion forte qui pesait sur son régime. Cette pondération est également de mise sur la mission d’observation à Lomé, capitale Togolaise, car Faure Gnassingbé réélu depuis quelques jours, dès le premier tour, est un Président très contesté dans un pays en crise où associer son image politique n’est pas nécessairement un faire-valoir. Rappelons à nos internautes, la famille Gnassingbé est au pouvoir depuis un demi-siècle au Togo où le fils Faure a déjà à son actif 15 ans de pouvoir cumulé qui pourra maintenant, être étendu à 20 ans sûre, voire 25 ans comme la constitution nouvellement votée en 2019, lui permet. Quand bien même, le leader de HVM est soumis à un devoir de réserve et de neutralité, il aura participé ainsi à la réélection d’un homme contesté et loin d’incarner la démocratie. Ceci étant, Hery Rajaonarimampianina ne l’entend pas de cette oreille et son parti HVM souhaite rester sur le thème de la bonne gouvernance avec un débat qui a été organisé le 24 février au Carlton à Anosy, avec un sujet prégnant : « Etat de droit, garant du développement ».

Le TIM de Marc Ravalomanana souhaite aussi jouer sa partition mais opte pour les bonnes vieilles méthodes avec la part belle toujours accordée, à l’appareil politique – un recours nécessaire cela dit  et donc la mise en avant du parti. Cependant, il semblerait qu’il y ait des envies de régénérer les hommes dont les cadres du parti et encore plus surprenant, la préparation de la succession de Marc Ravalomanana comme il se murmure dans la coulisse. Cela a aussi le mérite d’être souligné dans notre pays où les partis sont le fruit d’un homme et le temps de « promotion » ou de propulsion d’un seul homme. L’élan de jeunisme au sein du nouveau gouvernement a semble-t-il créé une émulation.

L’opposition est entrain de murir même si elle en est encore qu’à ses balbutiements, et le partage d’une analyse à ce stade du quinquennat apparait encore précoce, mais nous sommes davantage solidifiés pour parler d’une démocratie effective à Madagascar. Fini le 13 mai, place au débat public.

Grégory SILENY, Éditorialiste.

[1] Mission d’Observation électorale de l’Union Africaine (MOEUA)

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Pourquoi la corruption persiste à Madagascar ?

Focus

La lutte contre la corruption à Madagascar est un sujet vaste, toujours bien située dans les discours des dirigeants africains mais trop souvent reléguée au second plan dans les actions de l’exécutif. La corruption est viscérale, ancrée chez l’homme politique, indépendamment de sa zone géographique. La professionnalisation de la politique[1] a nourri un complexe parmi l’élite politique en comparaison avec son pendant, l’élite économique où les rémunérations extravagantes sont jugées normales. Jamais en Occident un Nicolas Sarkozy[2] n’atteindra la rémunération d’un Carlos Ghosn[3], certains y voient une forme d’injustice. La politique a toujours prôné une décence dans la reconnaissance monétaire pour service rendu à la nation. Ce désir de plafonner les revenus des politiques trouve racine dans la démocratie antique ce qui a suscité des frustrations plus de 2000 ans après. Les affaires Elf[4], d’un autre temps, les scandales à la Clearstream ou plus récemment les Panama Papers, ou encore les histoires de « rétro-commissions » dans l’affaire Karachi, enfin, la porosité entre le secteur privé et la politique comme le complexe militaro-industriel aux Etats-Unis sous Georges W Bush – les 70 premières compagnies, ayant bénéficié des parts de marché dans la reconstruction de l’Irak post-Saddam Hussein, avaient contribué à hauteur de 500 000 dollars aux campagnes électorales du même Président Bush – ont influencé de près ou de loin à la libéralisation des comportements corruptibles, en Afrique, depuis les indépendances. Frantz Fanon explique bien les comportements mimétiques[5] des africains colonisés qui n’ont voulu que reproduire toutes les envies consuméristes des colons, durant un demi-siècle.

L’exemplarité commence trop souvent par « la chasse à l’opposition »

Véritable instrument politique de la Présidence, la lutte contre la corruption est une chasse aux sorcières, qui trouve son bonheur parmi les opposants politiques en Afrique. Lorsque des hommes tombent, ils sont rarement proches du pouvoir en exercice. La Chine a lancé une vaste opération anti-corruption par le biais de Xi Jinping mais les observateurs ont dénoncé une chasse à l’opposition, atténuant le volontarisme néanmoins exemplaire du Président chinois. Un autre pays à la démographie galopante s’est lancé sur le sujet, il s’agit du Nigeria de Mahamadou Buhari lors de son premier mandat, en faisant de la lutte contre la corruption, une priorité du pouvoir. Si un léger mieux a été relevé du côté de la NPC la société nationale pétrolière nigériane, le résultat demeure décevant puisque la première économie d’Afrique occupe le triste 146ème rang mondial et seuls les dignitaires de l’ancien régime sont visés.  

Un inconditionnel pour réussir

Madagascar occupe le 152ème rang sur 192 pays dans le classement 2019 selon Transparency International Initiative Madagascar –TI-IM). Il y aurait un recul d’une place en comparaison avec l’année précédente mais une pondération s’impose puisque le TI-IM prend en compte dans sa perception, des éléments liés à la campagne électorale 2018 comme la délivrance et la communication des comptes de campagne. C’est un secret de polichinelle, le TI-IM a aussi montré une relative aversion envers Andry Rajoelina. Toutefois, nier le fait qu’il y ait une corrélation entre la diminution de la corruption et le développement croissant d’un pays serait une grave erreur. Parmi les pays africains qui occupent les meilleurs places au sein du continent et font bonne figure au niveau mondial, se positionnent en haut les Seychelles (27ème  sur 192 pays), rien d’étonnant puisqu’il s’agit de l’une des économies les plus fortes du continent en ayant un Indicateur de développement humain et un Produit Intérieur Brut (PIB)/habitants élevés. Suivent ensuite le Botswana (34) , le Cap-Vert (41) et le Rwanda (51) d’autres exemples de pays où la bonne santé économique leur est souvent accréditée dont 7 et 9 % de croissance pour les deux derniers pays cités. Le Botswana peut se targuer, quant à lui, d’être un pays à revenu intermédiaire et envisage de devenir en cette année 2020 un pays à revenu élevé avec 6.1% de croissance visé. La corruption doit pour toutes ces raisons diminuer considérablement avec une prise de conscience collective. À commencer par l’exemplarité de nos dirigeants, celle-ci doit se concrétiser par plus de transparence et à propager une éthique politique. Nous autres membres de la Diaspora, ne faisons pas jouer les avantages d’un pouvoir d’achat et d’une monnaie forte comme l’Euro lors de nos passages au pays et échapper à toutes formes d’obligations juridiques et administratives. Nos familles doivent aussi changer leurs comportements quotidiens en éduquant leurs enfants dans cette lutte quotidienne pour que la population puisse voir de leurs propres yeux un changement collectif et de la nation.

[1] Les hommes ne deviennent plus au service des intérêts de la population mais construisent des carrières dans les fonctions inhérentes à la Politique

[2] En 2008, Le Point lui avait attribué cette phrase concernant sa présidence et ce qui suivrait :« Je fais ça pendant cinq ans et ensuite, je pars faire du fric, comme Clinton. 150.000 euros la conférence! » 

[3] En 2016, le PDG de Renault a perçu une rémunération de 2 698 022 € annuel, faisant de lui la 19ème fortune parmi les 131 dirigeants les mieux paysés de France

[4]  l’« affaire Elf » est un vaste scandale et longue affaire politico-financière qui a éclaté en 1994, sur des détournements totalisant 504 millions $, à la suite d’une enquête de la Commission des opérations de bourse… Cette affaire est considérée comme « le plus gros scandale politico-financier et de détournements de fonds dans une démocratie occidentale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », tiré de Wikipedia.

[5]  il finit par mépriser sa culture, sa langue, son peuple, il ne veut plus alors qu’imiter, ressembler au colonisateur. »