
Crise à Madagascar : vers une nouvelle impasse ?

En mai 2024, Ron Weiss a pris la direction de la Jirama, porteur de nombreux espoirs après avoir redressé le Rwanda Energy Group entre 2017 et 2023. Dix mois plus tard, la Jirama est toujours confrontée à des délestages, incapable de fournir un accès durable à l’électricité pour une majorité de Malgaches. Seuls 36 % de la population bénéficient de cette ressource, contre une moyenne de 50 % sur le continent africain. Pis encore, les capacités énergétiques de Madagascar ne permettent pas d’assurer une journée consécutive de 10 heures sans délestage. Les acteurs économiques sont également victimes de cette crise énergétique, pointant ce problème récurrent comme un frein à leur développement et à la croissance économique. À l’image de la Jirama, entreprise ô combien stratégique, Madagascar, qui n’a pas connu de crise politique majeure depuis 2009, ne parvient ni à se redresser sur le plan économique ni à concrétiser les espoirs liés à son potentiel insulaire.
En 2025, Madagascar devrait atteindre une croissance d’environ 4,6 %, sans que celle-ci profite à l’ensemble de la population. En effet, 80 % des Malgaches vivent avec moins de deux dollars par jour, une proportion qui n’a cessé d’augmenter au cours des 20 dernières années.
Quelle est la vision de l’Etat malagasy ?
L’État semble dans une impasse, ne disposant pas de recettes fiscales suffisantes en raison de la prédominance du secteur informel et de l’incapacité des entreprises à se développer et à embaucher en conséquence. De plus, la productivité des Malgaches est estimée en moyenne trois fois inférieure à celle des autres Africains. Andry Rajoelina ne parvient pas à résoudre l’équation à laquelle il est confronté. L’État malgache ne s’impose pas comme un moteur capable de mobiliser toutes les forces du pays pour reconstruire et atteindre une croissance inclusive. Force est de constater que les Malgaches s’appauvrissent, les entreprises perdent en influence et l’État faillit à répondre aux besoins les plus élémentaires, indispensables pour sortir la Grande Île des pays les moins avancés. Combien de temps Madagascar continuera-t-il de vivre dans un tel sous-développement ? Pouvons-nous échapper à une nouvelle crise politique si le climat des affaires et le quotidien de la population restent peu reluisants ?